En adaptant le programme « Benefits Street » de la chaîne britannique de Channel 4, M6 créé la polémique avec son émission « La Rue des Allocs ». Entre reportage et télé-réalité, elle propose de suivre pendant six mois le quotidien d’habitants en situation de précarité du quartier Saint-Leu à Amiens.

Au Royaume Uni, l’émission avait déjà fait grand bruit, au point qu’une pétition signée par 60 000 personnes a circulé pour faire arrêter le programme.

Du documentaire au reality-show

Le problème repose dans la simplicité avec laquelle est traité le sujet au sein de ces émissions. En recherchant à tout prix le sensationnel, la version picarde a pour ambition de montrer un “quartier ouvrier frappé par la crise de 2008”. #M6 insiste sur le fait que l’émission tend à mettre en lumière une vérité sociale trop souvent occultée par les médias. Effectivement, le CSA dénonce régulièrement un manque de diversité criant dans le paysage audiovisuel, avec une surreprésentation de blancs CSP+. Mais on peut se poser la question si le quotidien de ces allocataires peut faire l’objet d’un divertissement. D’autant que l’émission ne s’attache pas à soulever des réflexions sur comment améliorer la situation, mais plutôt à alimenter les préjugés selon lesquels les allocataires sont des assistés portés sur la boisson. Ainsi des raccourcis peuvent vite être faits.

Une réalité déformée

A cela s’ajoute un sentiment de trahison des interrogés, qui avaient signé pour un témoignage dans une émission appelée « Zone prioritaire ». Un intitulé nettement moins stigmatisant. Le même problème s'était produit en Grande-Bretagne où les intervenants pensaient participer à un reportage sur la vie de quartier.

Ainsi, les habitants de Saint-Leu apparaissent à nu devant le téléspectateur, parfois en état d'ivresse, jamais floutés. On peut y voir une recherche de captation du réel dans le cadre d'un documentaire, seulement il s'agit là d'une sélection du réel. Il semble y avoir un scénario déjà bien ficelé. En filtrant de cette manière la réalité, le danger est de pousser aux généralités et de détourner le public du problème de fond.  #Ruedesallocs #Saint-Lau