L’agresseur des deux policières de Charleroi se nomme Khaleb Babbouri, un Algérien qui avait fait l’objet de deux injonctions de quitter le territoire belge. Pour le moment, la police n’a pas révélé s’il entretenait des liens avec la France. Si #Daesh l’a bien qualifié de "soldat" du califat, il n’est pas établi qu’il ait été en contact avec des djihadistes lui ayant prêté allégeance. Mais un nouvel incident, à #Verviers (province de Liège), révèle bien que le mot d’ordre de Daesh, qui appelle tout musulman à tuer des infidèles (et des chrétiens en particulier), a été largement reçu, repris, propagé. C’est l’un des sites d’étude du Moyen-Orient, Memri (Middle East Media Research Institute), qui a repéré cette vidéo diffusée par un abonné du réseau Telegram. Un jeune homme chantonne et psalmodie en arabe des appels au meurtre des kafirs, en particulier des chrétiens (et sans doute des musulmans considérés apostats par le califat, parmi d'autres polythéistes ou "idolâtres"), à travers les rues de Verviers.

 

Tout ennemi du califat est visé

"Ô Allah, anéantis les chrétiens haïssables – Ô Allah, tue-les tous, n’en épargne aucun ! Humilie et anéantis les idolâtres", prêche le jeune homme en déambulant dans les rues de la cité verviétoise. Il se trouve qu’il s’agit de l’un des fils de Shayh Alami, un prédicateur intégriste qui fut un temps l’imam de la mosquée somalienne locale. Le point commun entre ce dernier et Khaleb Babbouri, c’est que les autorités belges avaient aussi tenté d’expulser l’imam. Théo Francken, secrétaire d’État à l’Asile, lui avait fait directement signifier une injonction de quitter le territoire voici un an. Dans le cas de Babbouri, il n’y a pas de convention entre l’Algérie et la #Belgique, dans celui d’Alami, sa double nationalité néerlandaise et marocaine lui a permis d’ignorer la mesure : il réside toujours à Dison (ancienne localité absorbée par Verviers). Théo Francken a déploré hier que ses diverses tentatives d'expulsion n'aient pu aboutir.

 

Ce prédicateur avait notamment eu parmi ses ouailles Redouane Hagaoui, un Marocain, et deux autres jeunes de la ville, des réfugiés tchétchènes, puis d’autres encore, étaient partis en Syrie. Ils sont apparus sur des vidéos de propagande de Daesh. Certains djihadistes sont morts lors de combats à Deir-er-Zor et en d’autres lieux. En janvier 2015, Hagaoui était revenu clandestinement à Verviers où il fut tué par la police au cours d’une perquisition. Il avait planifié des massacres dans des librairies vendant le numéro spécial commémoratif de Charlie Hebdo. L’incitation au meurtre est sanctionnée, en France, par une peine de six mois d’emprisonnement ; l’incitation à la haine est aussi punissable en Belgique.

 

Tout un répertoire de chants

Le fils de l’imam est apparemment inspiré directement par les sites du califat car il prie pour que les « armes et munitions [des croisés et autres ennemis] deviennent un butin pour nos frères ». Puis il cite de très anciennes batailles supposées avoir été remportées grâce à une intervention divine déclenchant des phénomènes naturels facilitant la victoire. Le califat a diffusé divers nasheeds (chants religieux) vantant les attentats dans le monde, désignant des chefs d’États occidentaux (dont François Hollande) – ainsi, Obama, la mule des Juifs –, tant en arabe qu’en français ou allemand et anglais. On les trouve sur Telegram via le groupe Caliphate Audio Productions. Le chant Enfer à Bruxelles comprend une revendication d’avoir "détruit la Croix".Le mot arabe pour "byzantin" est fréquemment utilisé. "Nous sommes venus vous égorger et répandre votre sang dans vos rues" est l’un des leitmotivs de ces chants. Ces chants vont désormais aussi viser Abubakar Shekau, le chef de Boko Haram (au Nigéria et alentours), qui vient d'être désavoué par Daesh, auquel il avait prêté allégeance en 2015. Shekau avait énoncé que "tout musulman habitant sous le joug des mécréants sont mécréants" (s'ils ne se livrent pas au djihad). Daesh dit de même.