Le pape François, s’exprimant dans l’avion le ramenant de Pologne à Rome, a énoncé quelques évidences sur l’#Islam et le catholicisme apostolique, qui valent pour pratiquement toutes les religions dites du Livre. « Il y a presque toujours, dans toutes les religions, un petit groupe de fondamentalistes, nous en avons. » Sitôt divulgués, ces propos ont été amplement confirmés par ces mêmes fondamentalistes ou les tenants des prétendues « racines chrétiennes » de l’Europe aryenne.

Ainsi, pour ne citer qu’un exemple, en est-il d’un certain Marcus Graven, s’exprimant sur le site Riposte laïque (devenu l’un des points de ralliement des catholiques intégristes). « François Zéro paraît atteint de démence sénile (…) Une ivresse des hauteurs ». En d’autres sites, relevant encore davantage de la « fachosphère » et d’une lubie islamophobique plus fortement marquée que ce dernier – si c’est possible –, contributions et commentaires sont encore plus pugnaces et virulents, vindicatifs et injurieux.

On peut être religiophobe, dénoncer l’hypocrisie d’une église catholique – parmi tant d’autres de même confession –, de la chrétienté en son large ensemble. Déplorer que l’apostolique romaine s’ouvre aux divorcé·e·s tout en leur déniant tout relation intime après un remariage pour rester conformes en son sein, hausser les épaules quand, à Cracovie, le pape fait semblant de s’insurger contre la soi-disant théorie du genre (alors que certains fondamentaux des études féministes doivent nécessairement faire évoluer la pédagogie scolaire), &c. Son église a plus que toléré la transformation d’enfants en castrats pour chanter les louanges de ses « saints » – dont divers débauchés francs paillards – prédécesseurs, et le voici accusant d’autres enfants (et parents) perturbés par leur identité – incertaine à leurs yeux – sexuelle.

On oublie trop souvent que le souverain pontife est un chef d’État informé par un corps diplomatique qu’il supervise. Les nonces soupèsent les tendances en divers pays et lui suggèrent les arguments les plus appropriés. Ils n’ont pas attendu la publication de Dabiq 15, le mensuel du califat islamique, pour évaluer l’impact de l’argumentation des fondamentalistes djihadistes dans l’oumma musulmane. Dabiq puise dans les évangiles pour justifier la volonté du califat d’imposer, par d’extrêmes violences, sa domination. Il s’appuie sur des textes que le #Vatican ne peut renier. Ainsi, Luc (19-27 ; 20-16 ; 22-36) est particulièrement éloquent : « amenez ici mes ennemis (…) tuez-les devant moi », « il (…) fera périr ces vignerons et donnera la vigne à d’autres », « qui n’a pas de glaive s’en achète un ». Matthieu (10-34) n’est guère en reste : « je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive ». Samuel (11-12) incite la population à la revanche : « livrez ces gens, nous les ferons mourir ».

Le message du pape, adapté librement, est le suivant : musulmans, voyez ce que nous avons accompli pour nous poser en religion pacifique (voire pacifiste), faites de même. Comment convaincre si ce n’est en balayant devant sa porte, en ne minimisant pas sa paille tout en relativisant la poutre d’autrui ?

Tout, dans l’argumentation du Vatican, est codé. Créer une commission sur l’accession des femmes au diaconat n’a rien d’anodin. Il s’agit de remémorer aussi le rôle des chrétiennes « aux premiers temps de l’église », et incidemment de rappeler celui d’autres femmes, érudites, ministres, influentes, dans l’Andalousie musulmane. Le Vatican est parfaitement conscient que sa survie dépend d’une évolution des relations interreligieuses, de la raréfaction de ses ouailles face à un expansionnisme démographique, de l’inanité de prêcher une nouvelle croisade vouée à l’échec. Il se place dans une évaluation du rapport de force qui peut, tout comme Talleyrand avait préservé le rôle de la France affaiblie, dans le concert européen de l’époque, préserver son (et notre, en tant qu’Européens, Sud et Nord-Américains, &c., devenus minoritaires) avenir… #Islamophobie