L’Aïd al-Adha, fête du sacrifice (Aïd el-Kebir au Maghreb), a été célébré par #Daesh en diffusant une vidéo montrant des prisonniers, suspendus par les pieds à des crocs de boucher d’un abattoir, puis égorgés tour à tour. Blastingnews n’autorise pas la publication d’images sanguinaires ou nauséeuses, et notre photomontage s'y conforme. On peut aussi se demander s'il semble idoine de faire état de cette information.  La raison en est simple : le reste du clip fait figurer en gros plan la tour Eiffel, reprend maintes images ou séquences d’attentats en France. Par ailleurs, on apprend que la police allemande vient d’arrêter trois djihadistes en provenance du califat, porteurs de passeports falsifiés émanant de la même officine que ceux d’auteurs des attentats de Paris, et qui faisaient l’objet d’une surveillance depuis novembre 2015. Cela laisse supposer qu’il s’agissait d’une cellule dormante, mais paralysée, ne recevant plus d’instructions, ou avait choisi de faire la sourde oreille… Il peut aussi s’agir de déserteurs, ou de djihadistes dépourvus de soutien logistique car l’intendance ne suit plus. C’est peut-être pourquoi Daesh choisit de monter d’un cran dans l’horreur, pour fasciner de nouvelles recrues susceptibles d’agir de leur propre chef, en Europe et sur d’autres continents, et de les aguerrir ainsi.

L’horreur banalisée

Lors des interventions armées dans le cadre du conflit tchado-libyen (fin des années 1970-début 1980), la presse allemande avait diffusé une photo de soldats occidentaux. Des militaires avaient pendu un rebelle par les pieds sous un arbre et allumé un feu. Tant pour l’exécuter que pour pratiquer la tactique de la terre brûlée. Cette dernière consiste aussi à verser des fioles de virus dans les puits. Malheureusement pour les militaires, le ravitaillement venait à manquer, la coordination faiblissait, et certains buvaient l’eau contaminée par leurs compagnons d’armes. Mais les scènes violentes visaient aussi à endurcir des troupes composées de jeunes paysans (les engagements volontaires pouvaient se faire à 16 ans), engagés à peine majeurs sur les terrains d’opération, et pouvant éprouver de la sympathie pour des agriculteurs de l'âge de leur père. Un ami, philosophe doctorant, traité dans un hôpital militaire en compagnie de jeunes soldats souffrant d’hépatite, m’avait expliqué qu’il s’agissait d’une technique pour faire de l’adversaire une sorte de sous-humain, dont l’existence signifie fort peu. Il en est de même pour tous les mécréants désignés tels par Daesh. Ses très jeunes recrues doivent considérer un enfant, un vieillard, tout civil, comme une proie devant servir d’exemple. Dernièrement, rapporte le Daily Mail, un fleuriste britannique, posant souriant devant son étal, a eu la surprise de figurer dans une revue de #propagande de Daesh. Une, un fleuriste est présumé inoffensif, pacifique, convivial, &c. Mais c’est une cible et l’abattre ne doit susciter nul sentiment d’empathie. L’horreur banalisée est un ressort de la guerre psychologique.

Influencer les moins guerriers

Pendre des prisonniers à des crocs de boucher et les égorger tels des moutons vise à les déshumaniser et influencer les moins guerriers, les moins sanguinaires : la victime, mécréante, de ce fait, ne vaut guère plus qu’un agneau, voire un insecte que l’on écrase. L’assassinat du prêtre très âgé de Saint-Étienne-du-Rouvray avait valeur de symbole, tout comme l’acte de Merah tuant des écoliers juifs. Mais ce que prêche Daesh a présent, c’est de s’en prendre à quiconque vit dans un pays n’observant pas la charia. Faute de pouvoir piloter (et alimenter en argent et matériel) des cellules formées dans le califat, il faut susciter des vocations d’électrons libres, s’en prenant aux enfants d’un voisin, à quiconque. Le but est bien sûr aussi de susciter la vindicte des prochaines victimes potentielles, d’espérer des pogroms antimusulmans, puis de dénoncer que la férocité est partagée et ordonner qu’il ne faut plus faire le moindre quartier. #arrestations