Selon le ministère de l’Éducation, et les discours de la ministre, l’#Enseignement professionnel constitue une priorité. Beaucoup de choses ont été tentées, comme de définir des troncs communs entre CFA (apprentissage), Greta (formation permanente) et lycées professionnels. Mais, un, les résultats ne sont pas là, et de deux, le nombre des enseignants est en baisse.

Annonce mal programmée

Najat Vallaud-Belkacem a proposé hier de prolonger la scolarité obligatoire à 18 ans alors que le Canard enchaîné du jour titrait « L’École et la filière pro… de chagrin ». Ce nième article sur les lycées professionnels et l’apprentissage se concentre sur un déficit de 3 348 postes de professeurs non pourvus. Le seraient-ils qu’il n’est pas sûr que les résultats seraient d’autant améliorés. Selon le Cnesco (Conseil national d’évaluation), sept mois après leur sortie du lycée, 47 % des présumés qualifiés sont au chômage. Cela tient aussi à la faiblesse des réussites des lycéens qui tentent d’intégrer un IUT ou d’obtenir un BTS. Près de 60 % échouent à obtenir un DUT ou un brevet. Et encore, c’est dans les filières les plus encombrées qu’ils réussissent ; celles aussi qui exigent le moins d’investissement matériel. Ainsi des formations en gestion/administration ou commerce/vente qui conduisent à se retrouver derrière la caisse d’un supermarché. Elles rassemblent six lycéens pros sur dix qui, trois ans plus tard, sont près d’un tiers abonnés à Pôle Emploi. De plus, beaucoup de formations techniques sont obsolètes, les professeurs conservant leurs postes et leurs méthodes qui n’ont pas évolué, faute de motivation ou… de mise à disposition de machines ou matériels adaptés. Prévoir un allongement de deux ans de la scolarité dans ces conditions conduira à quoi ?

Une variable d’ajustement ?

Coûteux, pour les formations réellement qualifiantes et débouchant sur un emploi, l’enseignement professionnel constitue-t-il une variable d’ajustement budgétaire pour l’enseignement général ? Les 54 000 postes promis en début de quinquennat sont pourvus aux trois-quarts, mais pas dans les filières professionnelles. Les 4 000 postes de soutien ont été affectés aux collèges, souligne le syndicat SNUEP-FSU. Et les crédits pédagogiques sont en baisse depuis 2012. Le Canard relève que les futurs bouchers préparent du veau en taillant de la dinde, moins chère. Que des voyages pour la filière mode sont annulés. Que les régions et les départements se désengagent, obligeant des lycéens à payer cher leurs propres outils… ou essayer de s’en passer (le coût s’élevant à près de 600 euros dans certaines filières). 200 CAP, 100 bacs sont aux programmes et les cours sont suivis par un tiers des lycéens du secondaire. Beaucoup de formations vont pâtir de la robotisation et d’une informatisation accrue. Le recrutement des enseignants a aussi chuté depuis la « mastérisation » (le concours n’étant plus désormais ouvert au niveau de la licence). Le niveau initial des lycéens est faible, ceux provenant de milieux plus aisés se tournant vers des écoles privées. L’orientation est ressentie subie, découlant souvent de l’échec scolaire antérieur. Qui a été mal corrigé car les redoublements représentent des investissements (immobiliers, matériels, et de fonctionnement : les redoublants surchargent les classes). Or, les employeurs considèrent que trop de diplômés ne seront pas assez évolutifs, faute d’une maîtrise des compétences générales fondamentales. Dans pratiquement tous les pays de l’OCDE, pourtant, sauf en Suède, l’enseignement professionnel est présumé garantir une meilleure insertion professionnelle que la filière générale. Sauf que, beaucoup d’emplois, mal rétribués, ne correspondent pas à la formation reçue et ne sont pas moins précaires. Le bac pro a été institué voici 31 ans, suscitant de grands espoirs, pour beaucoup à présent déçus. #Bac professionnel #Najat Vallaud Belkacem