Après cinq jours de procès (en fallait-il autant ?) dont les chroniqueurs ont centré le récit sur Jérôme Cahuzac et son ex-épouse, négligeant de s’attarder trop sur les comparses (représentants des banques, avocats, tel Philippe Péninque…), ce mercredi est consacré aux réquisitions des « procureurs » (procureurs et avocats de Bercy, partie civile). Lesquels tiendront ou non compte de la ligne de défense principale de l’accusé, victime « de la haine pour quelqu’un qui symbolise ce dont ils souffrent. Je suis peut-être responsable en partie de leur situation, mais pas de tout. ».

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Il l'a longuement développé hier. Est-ce Me Jean Veil, ancien défenseur du maire Jacques Chirac (emplois fictifs de la Ville de Paris), de Dominique Strauss-Kahn, de la Société générale (affaire Kerviel), de très grands patrons en délicatesse, et fils de Simone Veil, qui lui a soufflé l’argument. Sans doute pas. D’en rajouter, peut-être. En fait, Jean Veil lui a suggéré de « s’expliquer complètement ». Or, à l’exception du faux-pas mettant en cause l’incitation présumée reçue du courant rocardien, au premier jour du procès, #Jérôme Cahuzac n’a pas trop cherché à minimiser sa responsabilité, même s'il a tenté de mouiller davantage son épouse. Il faut dire que le dossier d’instruction est volumineux, et qu’il était difficile de revenir sur les aveux circonstanciés, détaillés, qu’il contient.

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Résident en Corse

S’offrir Me Veil et pouvoir résider en Corse (dans une maison familiale), avec son actuelle compagne, ne plaide pas vraiment pour un accusé devenu presque démuni, criant misère… morale.

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Mais il est vrai que la vindicte populaire l’a poursuivi sur le continent, le forçant à « raser les murs au sens propre et au figuré ». Il l’a longuement détaillé, fournissant maints exemples, les insultes le visant lui et sa famille, ses enfants. Pascale Robert-Driard, du Monde, résume : « il fallait mesurer (…) la violence et la laideur de la curée sur un homme à terre. ».  Cahuzac, interdit d’exercer par l’Ordre des médecins, se fait-il encore rémunérer des conseils ? Sans doute pas, ou très peu. Même l’un de ses fils se serait fait refuser un poste en raison du nom qu’il portait. Certes, Cahuzac est moins responsable de la dette publique, de l’austérité de fait que subit près d’un quart de la population, que les très grandes entreprises ayant obtenu des arrangements de Bercy ou de Bruxelles. De plus, alors même que son compte passé à Singapour lui collait aux basques, il a vraiment tenté de limiter l’évasion fiscale générale. Mais on ne peut s’empêcher de penser qu’étant résident en Corse, dont les habitants bénéficient de tant d’exonérations, il ne doit plus trop être l’objet constant de vindictes et d’insultes.

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Et puis, repentant, il a un peu trop montré à la barre qu’il ne manque pas de ressource… oratoire.

Retour sur enquête et prescriptions

Pour Bercy, Me Xavier Normand Bodard, est revenu sur le déroulé des révélations ayant contraint Cahuzac a finalement avouer et démissionner. Il a dénoncé « ces banques [qui] prétendent ne pas voir, ne pas savoir ». Réfuté aussi l’argument procédurier de la banque suisse Reyl qui estime incompétent le tribunal français, les faits se déroulant en Suisse, Singapour, Dubaï. Il doit aussi soutenir que le fisc n’avait aucun moyen de savoir avant les aveux publics, aucun moyen de mener une véritable enquête. Cela influe sur l’année de prescription de divers faits (2010 ou 2013). Me Claire Litaudon lui succède pour réfuter le cumul des sanctions, fiscale (acquittée par les époux : 2,3 millions d’euros pour les faits d’après 2003 et les dissimulations de patrimoines) et pénale (à venir). La fin de matinée a été consacrée aux interventions d’autres parties civiles que Le Figaro a qualifié d’opportunistes (comme le « juge rouge » Jacques Bidalou, magistrat révoqué, et des particuliers entendus sans avocat). L a fin de matinée et l’après-midi seront consacrées aux réquisitoires. Élément important : la banque Reyl en a pris pour son grade#évasion fiscale #Justice