D’un côté, la plupart des enseignants de collège vous assurent que les inspections académiques découragent les redoublements… par mesure d’économie. De l’autre, la ministre de l’Éducation veut proposer « d’étendre la #Scolarité obligatoire ». Elle concerne les élèves et lycéens de six à 16 ans actuellement. Mais beaucoup – près du tiers – rentrent en maternelle à trois ans et de fait, pour la filière générale, si la majorité des filles décrochent le bac à 18 ans, ce serait plutôt 19 ans pour les garçons

Redoublements plus courants ?

Faire passer l’âge de départ dans la vie professionnelle (ou plutôt vers l’inscription au Pôle emploi) à 18 ans impliquerait que les effectifs des lycées seraient augmentés de près d’un tiers. L’apprentissage, malgré diverses mesures successives, n’attire pas vraiment plus d’élèves, et les filières professionnelles menant au CAP recrutent moins que précédemment. Les redoublements sont beaucoup moins fréquents qu’à la fin du siècle dernier, tandis que les sorties du système scolaire restent à peu près stables (moins de 1,5 % des effectifs déserte). Malgré cela, les élèves terminant leur scolarité sans qualification ni possibilité de s’inscrire dans l’#Enseignement supérieur représentent la population d’une grosse ville moyenne chaque année (plus de 100 000). Allonger la scolarité peut-il suffire à réduire le décrochage scolaire ? Sans doute pas. Le baccalauréat général est décroché dès 16 ans ou 17 ans par plus de 97 % de celles et ceux qui le présentent à cet âge. Le pic d’obtention, pour ce type de bac, est de 18 ans, mais plus de 50 000 lycéens obtiennent le diplôme âgés de 19 à 21 ans. La proportion s’accroît considérablement pour les bacs technologiques et s’inverse même pour les bacs professionnels (très peu de 16 ans ou moins, beaucoup moins de bacheliers de 18 ans que de 19 à 23 ans). Pour l’ensemble, quatre lycéens sur dix prolongent leur scolarité au-delà de 18 ans. L’une des raisons de ces retards est la forte proportion, en collège des lecteurs médiocres (40 % contre un même pourcentage de lecteurs efficaces) et d’élèves en difficulté de lecture (pour ne pas dire illettrés) Pour les CAP et BEP, cette proportion de faibles lecteurs décroît, de même qu’en bac professionnel, mais reste forte. Les IUT et les BTS n’attirent que moins de 20 % des bacheliers. Faire redoubler une fois un élève ou un lycéen reviendrait moins cher que d’allonger la scolarité de deux ans, c’est l’évidence même. Cela suffirait-il ? C’est moins sûr.

Une revendication syndicale

L’allongement est une revendication du syndicat majoritaire du second degré, le Snes. S’il s’agit de mieux adapter l’enseignement professionnel, ce peut être louable s’il est envisagé une formation en alternance (moins lourde que l’apprentissage, mais prévoyant de véritables stages : encore faudrait-il en trouver en nombre suffisant). Le problème tient aussi à la faible durée de l’année scolaire en France et en Allemagne. La sortie du système scolaire est fixée à 18 ans en Macédoine, Portugal, Pays-Bas et Hongrie ; à 17 ans et demi en Turquie. Il n’y a que la Croatie, en Europe, à fixer cet âge à 14 ans. Des pays comme la Belgique ont aussi fixé cet âge à 18 ans mais, dès 15 ans, les lycéens peuvent s’exempter de suivre des cours du tronc commun. Il n’est pas évident que les résultats scolaires soient fortement liés au nombre d’années de scolarisation. Mais en Allemagne par exemple, selon les Länder, la scolarité complémentaire s’étend jusqu’à l’âge de 18, voire 19 ans. Mais il s’agit bien d’un complément (ou de rattrapages en certaines matières) et non d’une scolarité à temps plein. En soi, hors considérations budgétaires, la mesure est intéressante, si elle est véritablement adaptée, modulée. Le Snalc dénonce une « proposition électoraliste » ; le Snes-FSU considère que l’annonce survient bien tard dans le quinquennat. Reste à connaître le sentiment des associations de parents d'élèves. Pour le moment, on parle surtout de sélection universitaire#Najat Vallaud Belkacem