Ce n’est guère la première fois que les polices étasuniennes publient des photos de drogués. Le plus souvent sous forme de clichés d’identité judiciaire juxtaposant celui de la première et de la dernière arrestation pour détention de stupéfiants, les dates étant souvent indiquées. Cherchez des images sur Google avec pour requêtes drugs et mugshots, et il s’en affichera une bonne centaine (parmi des milliers). Celle qui vient, en moins d’une semaine, de faire le tour du monde, n’apparaît pas. Pour cause, c’est la toute première en son genre (au moins en provenance des États-Unis ; pour les Philippines, qui diffusent des masses de photos de drogués abattus sans sommation, on ne sait…). Elle fut prise « sur le vif » (sans jeu de mots) par une patrouille de police d’East Liverpool, dans l’Ohio.

Nommés, après réanimation au Narcan

Les polices de divers États américains font publier dans la presse des photos de délinquants. Dans le cas de clients de prostituées, là où c’est interdit (ce qui dépend des États), les patronymes, professions et adresses sont communiqués. Cela aurait été sans doute le cas des survivants de l’#overdose, ne serait-ce la présence d’un enfant de quatre ans sur son siège de sécurité à l’arrière de la voiture. Mais on sait que Ronda L. Pasek, 50 ans, serait la grand-mère paternelle du gamin ; le conducteur, James Lee Acord, 47 ans, n’a pas été déclaré parent de l’enfant. Leurs domiciliations n’ont pas été révélées. Les deux adultes avaient été repérés car leur véhicule zigzaguait. La patrouille a pris les photos d’usages, de simple constat. La décision d’en faire publier (d’abord sur la page Facebook de la municipalité) un exemplaire répond à un objectif de sensibilisation. De plus, si les deux adultes étaient en état de coma avancé, ils ont pu être réanimés grâce à l’administration de doses de Narcan (Naloxone). Ils ont comparu. Acord, multirécidivistes depuis 20 ans, passera six mois en prison, Pasek sera poursuivie pour absence de port de ceinture de sécurité et consommation d’une #Drogue non identifiée. Les autorités savaient à l’avance que la photo serait largement reprise : la presse populaire britannique (Mirror, Daily Mail…) reproduit fréquemment des planches de montages de mugshots des polices américaines.

Le fentanyl se répand

Le fentanyl, synthétisé voici 60 ans en Belgique, a bénéficié d’une formidable publicité depuis le décès du chanteur Prince (His Purple [rain] Majesty), le 21 avril dernier. On ne sait déjà exactement la composition de la drogue prise par Acord et Pasek, mais le fentanyl fut déjà la cause du tiers des 3 050 morts par overdose dans l’Ohio en 2015. Depuis, le carfentanyl (dérivé du fentanyl), apparu en 1974, aussi analgésique opiacé, 10 000 fois plus puissant que la morphine, utilisé sous forme de wildnil pour immobiliser des éléphants, ou opérer de très grands animaux, provoque des troubles respiratoires, et envahit les États-Unis. Utilisé en aérosol à Moscou, pour neutraliser les occupants tchétchènes du théâtre Dubrovka, en 2002. Faute de doses suffisantes de naloxone (Narcan), les services de secours ne purent ranimer 125 otages. Le carfentanyl est à l’origine de huit morts le comté d’Hamilton (Ohio) le mois dernier. Dans l’Ohio, le taux d’overdoses mortelles est de 24,6 pour 100 000 h. L’héroïne en est encore la principale cause, mais son usage régresse : les drogues synthétiques sont moins chères. Dans la capitale, Cincinnati, fin août, on a recensé 174 décès par overdose en… six jours. L’Ohio n’a plus de places en centres de traitement, d’où l’accent accru mis sur la prévention qui a conduit à montrer cette photo. Les petites villes sont désormais très touchées, dans l’État et ses voisins (26 cas en quatre heures à Huntington, 49 000 h). Certains médecins et pharmaciens sont complices : 76 ont déjà été révoqués. Cette photo peut choquer, la réalité plus encore. #Etats-Unis