15 ans après les Twin Towers, le Pentagone, le vol 93 d’United Airlines, la presse américaine marque cet anniversaire par un récit édifiant : la lieutenant Heather Penney et le colonel Marc Sasseville étaient prêts à mourir en kamikazes pour stopper le vol 93. Et figurez-vous que le père d’Heather, John, ancien pilote militaire, colonel de réserve, aurait pu être aux commandes de l’appareil visé. Ce second point est fort plausible, le précédent, comment dire ? Légèrement moins. Mais qu’importe, Heather Penny est photogénique, et son histoire vaut bien d’être quelque peu magnifiée.

Héroïques, forcément héroïques

Que l’acte soit héroïque, nul ne le conteste. Le risque était fort d’y laisser sa vie pour les deux pilotes des F-16 du 121e escadron de chasse de la Garde nationale étasunienne. Heather était la première femme de l’unité aux commandes d’un F-16 et elle était en alerte ordinaire avec son colonel. Il faut beaucoup de temps pour qu’un chasseur prenne son envol de mission : d’abord l’armer, puis vérifier une fastidieuse liste de contrôle. Là, tout a été sciemment bâclé, dans l’urgence. Outre les appareils ayant déjà frappé les Twin Towers et le Pentagone, il reste le vol 93. Le colonel intime à la lieutenant de s’envoler derrière lui, au plus vite, dans un F-16 muni de munitions à blanc. L’idée : le colonel va tenter de heurter le cockpit, la lieutenant, un empennage de profondeur ou la dérive. Ce d’une extrémité d’aile, d’un pneu de train d’atterrissage, d’autre manière, on ne sait. Mais le risque est vraiment de devoir s’éjecter du F-16, sans être trop sûr d’y parvenir, ni à temps, ni jamais. Qui a un peu discuté avec les pilotes de chasse issus de Salon-de-Provence ne peut dénier à leurs deux homologues étasuniens un cran forçant le respect.

La presse « ambiance » l’exploit

Bien plus que les pilotes, qui se sont tus une dizaine d’années, la presse électrise l’ambiance de cet épisode dont l’épilogue est connu. Les héros seront les passagers du vol 93, qui s’en prendront aux quatre djihadistes pirates de l’air : 44 morts lorsque le 757 percute le sol près de Shanksville, Pennsylvanie. L’appareil avait été retardé 42 minutes au décollage. Les pirates attendront encore 46 minutes pour envahir le cockpit ; Ziad Jarrah s’installe aux commandes. Il modifie le plan de vol pour atteindre possiblement la Maison Blanche. On ne sait si Jarrah perdit le contrôle pendant la rébellion des passagers où il s’il choisit délibérément de piquer sur un champ.

Un autre pilote, Billy Hutchison, du 113e escadron de chasse, s’était un temps vanté d’avoir tenté de tirer ses munitions à blanc dans les moteurs ou le cockpit, voire de se sacrifier, mais il ne s’agissait que d’une vantardise : il n’était en vol qu’une demi-heure après l’impact du vol 93. Les deux pilotes du 121e escadron n’auront jamais eu le vol 93 en vue. Le premier écho de leur tentative paraîtra dans la presse le 8 septembre 2011. Il semble qu’ils aient agi de leur propre initiative, sans jamais recevoir d’ordre formel en temps utile. Depuis, divers escadrons disposent de deux appareils armés prêts à décoller à la moindre alerte. Mais, contrairement à ce qu’affirme la presse, il n’est pas certain qu’avant de risquer le tout pour le tout, les deux pilotes n’aient pas tenté de faire usage de leurs munitions d’entraînement ou d’envisager de s’éjecter le plus tard possible avant de précipiter leurs F-16 sur l’avion de ligne, d’autres manœuvres périlleuses ayant échoué. Tout comme, même si John Penney assure du parfait sang-froid de sa fille, elle n’aurait pas, ainsi que son supérieur, réfléchi quelque peu en constatant que le vol 93 faisait demi-tour au-dessus de l’Ohio. Restait cependant à poser leurs chasseurs en ne disposant plus que de très peu de carburant. Il ne s’agit pas de minorer leur mérite, ni de ricaner aux dépends de la presse nord-américaine qui ne déforme pas vraiment les faits… si l’on sait lire entre les lignes emphatiques retenant le plus l’attention. #11 septembre 2001 #World Trade Center #Etats-Unis