À la reprise du procès Cahuzac plus question de compte ouvert pour financer le courant Rocard. Mais l’exposé d’une chronologie somme toute banale. Patricia (Ménard) et Jérôme se rencontrent sur les bancs de la fac. Il devient chirurgien, elle, dermatologue. Jérôme reprend le cabinet d’implantologue d’un confrère, Pierre Pouteaux le Dr P. », pour l’ineffable Stéphane Durand-Souffland, du Figaro – qui a consulté le fichier des abonnés ?).  Patricia rejoint son mari, le travail lui plait, il serait « un peu artistique ». Les deux artistes capilliculteurs sont assez vite initiés par Pouteaux aux avantages de séparer les versements des clients français d’un côté, ceux des étrangers de l’autre, sur un compte à l’île de Man.

La politique paie moins

Mais les choses se gâtent. Jérôme est infidèle, et « n’a pas assumé que [ses] responsabilités politiques devaient avoir pour conséquence une diminution du train de vie de [sa] famille ».  Patricia et lui ont fait comptes séparés, il retire de l’argent sur le sien (10 000 selon lui, 20 800 selon la banque Reyl) pour ses menus plaisirs, Patricia se rend à Londres, retire environ 8 500 euros par trimestre ou par an (selon les déclarations successives) pour le couple et les trois enfants, et une fois, quand même, 57 000 euros d’un coup (en 2007). À l’audience, Jérôme apprend qu’il aurait été bénéficiaire. « Je n’aurais jamais cru qu’elle me spolierait », s’exclame-t-il. Les comptes sont séparés pour les retraits, mais celui de Man est joint (mais géré par Patricia), et l’épouse a une procuration sur le suisse, dont elle n’usera pas. En tout cas, on comprend bien la différence entre le train de vie d’un couple de médecins, qui nécessite de petits suppléments, et celui d’un autre, de smicards, qui ne fait pas de politique (donc engrange tout et peut s’en contenter), et n’a pas besoin de couvrir des faux frais. Patricia laisse entendre que presque tous les médecins ou dentistes non dépendants des remboursements de la CPAM font pareil. Le président s’épargne de creuser le sujet (tout comme le chroniqueur du Figaro). La petite affaire familiale emploie aussi la mère de Monsieur et Antoine Cahuzac, le frère, serait bénéficiaire du compte suisse en cas de malheur. « Hors de question », s’écrie Jérôme. « Je suis pratiquement certaine d’avoir envoyé sa carte d’identité [d’Antoine, à la banque] », rétorque, très calme, Patricia.

2007, année charnière

En 2007, Jérôme est réélu député, nommé président de la commission des Finances. Patricia envoie de l’argent en Suisse, en catimini, car le couple adopte un modus vivendi incertain. Patricia veut se prémunir, sait qu’elle se retrouvera seule avec les trois enfants. Elle contacte la filiale de la BNP, qui lui signifie, trois ans plus tard, que la visibilité de son époux est trop flagrante pour risquer d’être mouillée. La banque suisse Gonet prendra le relais. Un second compte est ouvert, le total s’élève à 2,5 millions d’euros, histoire de loger chichement les trois enfants à Londres. Ce n’est pas du Dickens, cela ne frôle pas du Zola, mais on compatit vivement.  L’école publique française es trop dispendieuse pour le contribuable, assommé d’impôt, autant s’en remettre au privé à l’étranger. On agit, en quelque sorte, en toute bonne conscience, surtout d’élu du peuple. Au nom des maris spoliés par leurs épouses ? Au nom de toutes les Femmes patriotes de France cocufiées par leurs maris ? Pour Le Figaro, Patricia et Jérôme se sont « follement » aimés. Et puis, et puis… c’est un peu comme l’électorat et sa représentation… Il y a des hauts, des bas… Nul doute que le tribunal, en sa grande sagesse et indulgence, saura réconcilier tout le monde. En tout cas, les conseillers matrimoniaux (et patrimoniaux) n’ont pas manqué. Pierre Pouteaux, Philippe Péninque (à présent proche de Marine Le Pen), et tant de conseillers bancaires désintéressés… #Jérôme Cahuzac #évasion fiscale #Justice