RFI fait état d’un texte très largement repris sur les réseaux sociaux. Il pointe la direction de la Camarail, compagnie privée du groupe de Vincent Bolloré, qui aurait négligé une alerte d’un cheminot sur les défaillances du système de freinage. Le groupe Bolloré a fait savoir qu’il est « encore trop tôt pour tirer des conclusions », mais il semble que le train roulait trop vite pour rattraper son retard. Le Monde, pourtant partenaire de Bolloré pour des quotidiens gratuits, donne la parole à l’écrivain Eugène Ebodé, pour lequel c’est la surcharge du train, passé de neuf à 17 rames, qui est l’élément déterminant du déraillement ayant causé 79 morts et plus de 500 blessés en gare d’Eseka, entre Yaoundé et Douala. Mais, ajoute-t-il, depuis « la concession accordée au groupe Bolloré en 1999, ce dernier est suspecté de n’avoir pour préoccupation que le profit et de négliger celui des engagements pris, notamment sur la maintenance et l’entretien des infrastructures ».

Profil bas sur Direct Matin

Le groupe de presse Bolloré en France (Direct Matin, Canal+, iTélé/CNews…) a bien sûr fait état de la catastrophe. Notamment pour signaler qu’un Français figure parmi les victimes. Mais l’accent est mis sur la cause de la surcharge du convoi : la route reliant Yaoundé à Douala a été coupée par « l’effondrement d’une buse métallique sur la RN3 ». Soit d’un pont. Les voyageurs ont donc emprunté le train. L’écrivain dénonce que « les firmes mondialisées disposant d’un pouvoir de quasi-État » jouissent d’une impunité de fait. Et que « le pouvoir de décision (…) passe subrepticement du politique au payeur et de l’État à la firme mondialisée ». Avec la Camrail, Bolloré a obtenu une concession de 35 ans. « Une rente de situation », poursuit Eugène Ebodé. Il remémore la catastrophe de Nsam-Efoulam (235 morts en février 1998), « après que des wagons-citernes (…) se soient renversés (…) et que de nombreuses personnes (…) furent pulvérisées par l’explosion des fourgons [de pétrole] ». « Nous sommes passés d’une forme de distribution des biens en continu (…) à la distribution des maux et d’inconfortables imprévus qu’accélère le capitalisme mondialisé postindustriel et financier. » Cela vaut bien sûr en d’autres domaines, tel celui du nucléaire : les centrales EDF sont devenues dangereuses. Il faut que l’État camerounais « sanctionne sans défaillance ».

Paul Biya, 34 ans au pouvoir

La société civile camerounaise impute au président Paul Biya, depuis 34 ans au pouvoir, « la disparition des sociétés d’État ». « Les routes tuent au #Cameroun plus que le paludisme », lit-on sur un communiqué du Mouvement de février 2008 (des émeutes ayant entraîné une lourde répression), en exil à Bruxelles. Le site Camer, lui aussi hébergé en Belgique, remet en cause le bilan, qui serait de plus de 170 morts. Sur plus de mille passagers ayant acquitté un billet au départ, et de très nombreux autres contrôlés sans billet. Le ministre des Transports, Edgar Alain Mebe Ngo’o, aurait insisté auprès de la Camrail pour surcharger le train. Les voitures ajoutées auraient été dépourvues de freins. C’est pourquoi le cheminot aurait obtenu un ordre de partir quand même. Les voitures ajoutées étaient chinoises, et en remplaçaient d’autres, vendues à Bénirail (Bénin). Le train était parti avec 50 min de retard.  Le sempiternel président, choyé par Vincent Bolloré, a décrété un deuil national. Bolloré Africa Railways et Bolloré Africa Logistics ont présenté leurs condoléances. Et après ? Le journaliste Patrick Godman, d'Africa Press, rescapé à bord du train, a demandé que le contrat de Bolloré soit résilié. « Bolloré a montré toutes ses incapacités partout où il est passé. Cette fois-ci, il a tué des centaines de Camerounais ». À méditer par les consœurs et confrères de Direct Matin, Canal+ et iTélé/CNews. Ou Jean-Marc Morandini... #Bolloré #Morandini