Que les policiers, après les attentats de Daesh à Paris, les agressions dans les zones dites de « non-droit », aient réclamé et obtenu des #armes plus létales n’est pas en soi condamnable. Le problème, c’est que, hors forces d’intervention hautement spécialisées, les fonds pour mieux les former à leur usage sont largement insuffisants. Et ce qui était prévisible se confirme. À Échirolles (Isère), cinq policiers ont été placés quelques heures en garde à vue. Certes en état de légitime défense lors d’une intervention pour une querelle de voisinage, certains d’entre eux ont tiré cinq fois sur un homme de 52 ans avec un fusil d’assaut HK G36 et une arme de poing. Qu’ils aient tiré, soit, qu’ils aient atteint le thorax et la tête ne peut s’expliquer que de deux façons : les deux (ou trois…) tireurs ont manqué de sang-froid, ou ils ont été très mal formés. Tout chroniqueur judiciaire sait à quel point ce qu’on nomme des bavures policières sont fréquentes et ô combien il faut être très attentif et fréquenter les greffes pour suivre les rares procès qui en découlent. En la matière, mon « meilleur » souvenir est celui d’une comparution pour tir nourri sur une Citroën 2 cv place de la Préfecture en vieille ville de Belfort. Qui connaît les lieux ne peut que s’esclaffer : 22 douilles récupérées, aucun impact sur le véhicule. Charitablement, nous commentions à l’époque que des policiers auraient sciemment raté leur cible. Qu’on se rassure, les condamnations furent de principe… et fort douces pour fort peu de prévenus parmi ceux comparaissant. La routine…

Formation débile

La #Police de Belfort disposait d’un centre de tir et d’un moniteur mais, apprenait-on, les rotations de formation étaient rares et les munitions vraiment comptées. Sans mettre en doute les compétences du moniteur, la formation était d’un niveau débile. Et depuis ? Depuis, la Bac d’Échirolles, mais aussi d’autres, ont été dotées d’armes de guerre à munitions Otan pouvant tirer entre 30 et 100 coups de calibre 5,56×45 mm. Ou d’armes de poing Sig Sauer 9 mm… parabellum. Elles remplacent les Manhurin et tirent 15 cartouches. Comme l’exprime Georges Moréas, commissaire principal en retraite, cette arme « est-elle adaptée aux policiers ? Pas si sûr… ».  Il m’a fallu au moins tirer 20 fois, en forêt californienne, instruit par un ex-instructeur de tir des Marines au Vietnam, pour finir par frôler une boîte de conserve. Certes, le recul du Sig Sauer est moins puissant que l’arme de poing des Marines de l’époque. « La préoccupation (…) n’est pas de tuer » mais de « stopper l’élan meurtrier ». Admettons qu’en légitime défense, les policiers d’Échirolles ayant tiré aient donné la mort sans intention meurtrière. Cela leur vaudra sans doute une large indulgence, même si l'arme brandie n'était qu'un couteau ; on peut le prendre de multiples côtés, c'est une bavure… qui se reproduira indubitablement. Au moins n’y a-t-il eu qu’un mort, aucun blessé, sans doute parce que l’agresseur qui aurait sorti une arme de derrière son dos était isolé. En novembre 2006, d’une seule balle, un policier blesse gravement un premier agresseur et en tue un second, juste derrière. Il en résultera un non-lieu, cinq ans plus tard mais le policier fut révoqué. Pas Nicolas Sarkozy ou son prédécesseur au ministère de l’Intérieur qui l’avait doté d’une arme aussi puissante. L’actuel ministre, Bernard Cazeneuve, qui a cédé à l’amicale pression des policiers et de l’opinion, restera sans doute en poste jusqu’à mai 2017. On peut le concevoir. Ne pas le déplorer. N’empêche, je ne voudrais pas être dans la peau des Pinot ayant tiré et tué à Échirolles. Même des jurés sont hantés par les condamnations à des peines d’emprisonnement qu’ils ont voté. Au moins ne les transforme-t-on pas en peloton d’exécution… Les policiers ont tiré abrités derrière deux boucliers balistiques. Sans commentaire. Déjà, des armes dites non létales peuvent tuer (Taser). Illustration : le type d'armes employées (montage Jef T. pour Blasting News). #Fait divers