Ses propos dans Causeur sur la respectabilité des djihadistes et des musulmans en général lui valent une saisine du parquet de Paris pour « apologie du terrorisme ». Les plaignants sont SOS Racisme et l’association des victimes du 13 novembre qui veulent faire condamner Zemmour.

Du sous-Nabe

Souvenez-vous de la reprise quasi-intégrale d’un long texte de Nabe (Marc-Édouard Nabe, né Alain Zannini) dans l’organe du califat de Daesh, Dar Al Islam ? Désolé, c’était autrement plus vitriolé que Zemmour dans Causeur. Sauf que… Nabe se voulait, dans Patience, d’où fut tiré texte repris (10 pages cinglantes), cynique, et parfois même distancié par rapport à ses arguments. Avec Zemmour, c’est du premier degré. Il ne méprise pas l’Islam, considère que les djihadistes ne sont pas fous (la majorité a reçu une éducation secondaire), et « respecte des gens prêts à mourir » pour leurs convictions. Plus gênant : « quand des gens agissent parce qu’ils pensent que leurs morts le leur demandent, il y a quelque chose de respectable ». Tout autant criminel et mauvais : « c’est ainsi, les humains sont complexes ». Ce sera (si le parquet ne classe vertical ou sous la pile) à la justice de décider.

Deux poids, deux mesures

L’ennui, pour Zemmour et sa défense, c’est la jurisprudence. Certes, en quelque sorte, Jean-Marc Rouillan était en quasi-état de récidive. Cet ancien dirigeant du groupe Action directe, de « résistance d’extrême-gauche », fut condamné pour avoir déclaré, en 2007, à L’Express, qu’il pourrait être envisagé de « porter le conflit jusqu’à l’affrontement » et que « la lutte armée à un moment (…) est nécessaire ». Retour en détention, nouvelle conditionnelle. Et en février dernier, il évoque « le courage » des djihadistes du 13 novembre ; « on peut dire plein de choses (…) mais pas que ce sont des gamins lâches ». Septembre 2016 : huit mois pour apologie du terrorisme.

Zemmour, trois condamnations ?

Zemmour est aussi récidiviste. Condamné en 2011, à 3 000 € en 2015 (mais relaxé en appel). Sans commenter des décisions de magistrats et encore moins critiquer l’institution en son ensemble, j’imagine fort bien le trouble (limité) de l’ordre public en cas de condamnation et des gens écrivant « justice pourrie » (là, c’est répréhensible) si ce « Résistant » (à leurs yeux) de Zemmour filait en taule. D’autres de ses propos me choquent davantage, je partage peu son appréciation de gens endoctrinés par une secte, et dont certains (et certaines) sont des semi-crétins (aux dires, en privé ou public, de quelques-uns de leurs avocats). Le jugement, s’il en sera, n’étant pas rendu, je suggérai la relaxe ou la mollesse. Car on en est là. Il est devenu le porte-drapeau d’une droite décomplexée. Au temps pour la jurisprudence Rouillan.

Pétition en cours, tollé général

Quand on voit Bernard de la Villadière accusé de stigmatiser les musulmans, c’est donner raison à Zemmour. Villadière s’en prend au salafisme, Zemmour dit que tout musulman le reste et qu’il n’en est pas de modérés. Si des organisations musulmanes non-salafistes le poursuivent, c’est tendre la perche à Zemmour. Une pétition a été lancée contre lui, soutenue par des sites comme Oumma. Sarkozy évoque « la bien-pensance, le couvercle de la pensée unique » (sur l’immigration) et ne semble pas opposé à la détention préventive des djihadistes (avec contrôle #Judiciaire ultérieur). Il en appelle au « peuple » de Zemmour, mais aussi des « droits-de-l’hommistes ». On peut se demander si la publicité dont bénéficie Zemmour n’est pas contre-productive pour la sérénité de la réflexion. #Éric Zemmour #Nicolas Sarkozy