Ayant été moi-même victime de #harcèlement scolaire, ma rencontre avec Nicolas Bouvier m’a poussée à briser l’omerta à laquelle je suis encore soumise et à entamer une action d’information qui, je l’espère, aura des répercussions sur cet abominable fait de société que l’on ne peut plus décemment taire.

VV : Nicolas, pouvez-vous nous en donner l’exacte définition ?

NB : Virginie, le harcèlement scolaire est la répétition des violences sur le long terme, qu'elles soient physiques ou morales, sur une ou plusieurs personnes, dans le but de les perturber dans leur vie scolaire, voire la vie privée (ou les deux à la fois). Le mot "harcèlement scolaire" est apparu en 1990 par des sociologues allemands qui étudiaient le phénomène qui a commencé à être décelé dans les années 70

VV : Y a-t-il un portrait-type d’une victime potentielle ?

NB : Avant, c'était le cas, il suffisait d'avoir une différence visible : couleur de peau, de cheveux, surpoids ou trop maigre, grand ou petit... Aujourd'hui, une jeune fille ressemblant à un mannequin peut être harcelée comme quelqu'un de "quelconque". C'est ce qui caractérise la complexité du phénomène, cela peut toucher absolument tout le monde.

VV : Aussi, y a-t-il des facteurs conditionnant certains à se comporter en bourreau ?

NB : Le bourreau agit rarement seul. Il ou elle est plutôt grand(e), plus âgé(e) en général et surtout en groupe sur une seule victime. Le contraire ne se voit quasiment pas. C'est le principe du règne animal, les loups et l'agneau. Un loup ne s'attaquera pas seul à plusieurs moutons, mais plusieurs loups s'attaqueront à un mouton. La jalousie est un facteur fort de harcèlement. Les notes en classe, les histoires d'amour, d'amitié qui tournent plus ou moins mal, des élèves sérieux, qui respectent le règlement, des jeunes qui sont décalés, différents des autres... Les facteurs sont multiples.

VV : Ceux que je nomme les bourreaux, sont-ils conscients du mal qu’ils causent à leurs boucs émissaires ?

NB : Oui et non. Pour ma part, je considère qu'au collège, on est en général assez conscient de ses actes. En primaire, on reste encore un enfant jusqu'en CM2 donc l'élève est encore un peu au stage "d'éponge", il reproduit ce qu'il voit sans forcément réfléchir. Au collège, les hormones, l'évolution de l'adolescent fait qu'il rentre dans une période critique où les tensions sont grandes, les tentations aussi. Le collège est comme une jungle pour certains, où la survie se joue en fonction du nombre d'amis. Le mal est pris en considération quand c'est trop tard, ou quand ça touche le bourreau personnellement, comme l'exemple de l'arroseur arrosé. Le harceleur devient harcelé car les victimes se rebellent.

VV : Quelles sont les symptômes physiques et psychologiques que manifeste un jeune victime d’un harcèlement continu ?

NB : Somatisations, dépressions, phobie scolaire, phobie sociale aussi (une des pires), anxiété, cauchemars, insomnie, maux (ventre, estomac), anorexie, boulimie, absentéisme. Les symptômes peuvent être très larges. La chute des notes, l'échec scolaire, sont aussi des indicateurs. Le racket provoque aussi beaucoup de traumatises. Les idées noires, les envies de suicides sont le paroxysme avant le coup fatal

VV : Enfin, quelles peuvent en être les conséquences à long-terme ?

NB : Sur le long terme, l'élève perd confiance en lui/elle, se sent marginalisé, rejeté de la société, dans une bulle où personne ne le comprend. Pour trouver un travail, c'est très difficile, car l'estime de soi et le regard des autres impactent considérablement sur l'ancienne victime. Qui plus est, près de 60% des anciennes victimes à l'école le deviennent au travail, pour toutes ces raisons psychologiques.

Il faut des années avant de se reconstruire, certains ne se reconstruisent jamais. Il faut s'entourer et garder espoirRien n'est perdu, tout est à construire.

#Ecole #Education