VV : A votre avis, quelles sont les solutions qui peuvent être appliquées à court-terme aux victimes d’harcèlement scolaire ?

NB : A très court terme, pour aider les victimes, il est nécessaire de rencontrer les parents et de communiquer avec eux. L'enfant est aussi le reflet des parents, c'est un fait incontestable. Un suivi psychologique peut être parfois nécessaire, mais avant de sanctionner, il faut parler, faire sortir les maux et écouter la victime, c'est loin d'être un détail. Ensuite, il faut sanctionner les harceleurs si ça va plus loin. Le principe des retenues n'est plus fiable, il faut trouver autre chose. Certaines écoles sont revenues aux travaux d'intérêts généraux, moyen efficace de faire comprendre à l'élève qu'il n'est pas là pour faire sa loi mais pour la respecter (décoller les chewing-gums, faire le ménage, enlever les tags).

VV : A mon époque, au mieux des années 90, il m’aurait été impossible d’obtenir une aide au sein-même du Lycée. Quelles en sont les raisons ? Et pourquoi près de 20 ans plus tard, on me fait clairement entendre que je n’ai absolument pas le droit de m’exprimer sur ce qui m’est arrivé ?

NB : A l'époque, on n'en parlait pas, tout simplement parce que les gens ne savaient pas que l'on appelait ces violences du "harcèlement scolaire", le terme ayant été créé en 1990. Aucune information, donc aucune prévention. Nous avons 30 ans de retard en la matière sur nos voisins scandinaves (la Norvège a commencé en 1983 sa première campagne de prévention et l'Angleterre en 1994). Il y a aussi des raisons politiques, je pense, on ne peut pas éviter d'aborder le sujet. C'est un sujet tellement sensible qu'il revient à mettre en cause les parents, le corps pédagogique et le système. La société, à cette époque, changeait déjà avec les prémisses de la téléréalité et ce phénomène de spirale qui fait que les enfants devenaient déjà accros aux émissions. Je ne dis pas qu'il y a un lien direct, mais le problème des violences scolaires n'est pas lié qu'au cadre scolaire. J'avais 5 ans en 1995 et je me souviens que la télé faisait partie intégrante de ma vie. Près de 20 ans après, on vous dit qu'il faut passer à autre chose, c'est inquiétant et insupportable, car ce fléau est comme le viol, l'inceste ou la pédophilie. Il laisse des traces. On ne peut oublier ce qu'on a vécu, même en tournant la page. On vous dit sûrement que vous avez grandi, que c'est du passé, alors que vous le viviez déjà sans internet, alors imaginons si internet avait été présent ! Ne vous laissez pas faire, il faut que ça sorte !

VV : Et pourquoi en 2016, le voile commence-t-il à se lever peu à peu ?

NB : Le voile a commencé à se lever vers 2011 avec les assises nationales contre le harcèlement mais, pour moi, je pense qu'on en a vraiment parlé en 2012, après le suicide de Pauline Fourment ; le 3 janvier. Luc Châtel a alors lancé pendant une semaine la première campagne nationale contre le harcèlement, immédiatement passée dans l'oubli avec la campagne présidentielle. Depuis 4-5 ans maintenant, on en parle chaque année. Désormais, chaque année, une journée nationale est consacrée à la prévention sur ce sujet, mais aucune résolution fiable n'a été proposée, ce qui fait que les victimes continuent, entre tentatives de suicides, agressions, suicides et dépressions, et très tôt, dès la primaire. 

L'omerta demeure dans certains établissements et la parole n'est pas aussi libre qu'elle devrait. La peur, la honte, font beaucoup de mal et de dégâts sur le moyen et long terme. Le ministère a pris quelques résolutions depuis la multiplication des faits divers médiatisés. Oui, c'est un fait, il a fallu de nombreux morts avant d'en parler. C'est irresponsable et insoutenable pour les familles. #violence #harcelement #Education