Le budget d’impression et diffusion du livret de Vigi-Gender dans les écoles pourrait être qualifié de « sarkozyste ». Format italien, 52 pages en quadrichromie, plus le routage… C'est de l’épouvantail de luxe.

Amalgame études de genre /« théorie »

Tout n’est pas erroné, mais tout est travesti. Oui, les études de genre s’intéressent aux transgenres, mais il n’y a pas de #Théorie du genre infusée dans les programmes scolaires. La confusion découle de l’amalgame entre études dites féministes et de genre. Ni les unes, ni les autres, ne préparent au Capes, ou au concours des professeur·e·s des écoles. En revanche, des images présumées « choquantes » (homme enceint, transgenre barbue, lesbiennes s’embrassant…) sont présentées à côté de livres pour enfants dont l’achat résulte du libre choix des parents. Page 2, le ton est donné. Dès la suivante, la préconisation est claire : « se parer, séduire, aimer, donner la vie continuent de faire sens pour la condition féminine » (Bérénice Lavet). Est-ce là constat ou préconisation ? Tout ensuite démontre qu’au prétexte d’effrayer, il s’agit de faire préserver la normalisation gendrée dominante (mais non exclusive) de la Bible et du Coran (les Évangiles se prêtant moins à une stricte assignation des genres). Assignation voulue immuable mais qui serait ébranlée par une mythique « théorie ».

Contrevérités & nimportenawak

Outre des faits indéniables, les outrances abondent. La dite théorie serait, comme le pape François l’a gobé, un complot mondialiste, chapeauté par l’Onu, relayé par l’OMS, descendant en cascade jusqu’aux chères têtes blondes tels les revenus des plus riches sur les plus pauvres selon la théorie du trickle down. Approximations et arguments dirimants abondent. Il faudrait savoir si le complot vise « faire de la femme un homme comme les autres » ou le contraire ? Outrance inverse, ce livret plaiderait-il en fait pour que les parents, interpellés par leurs enfants voyant des homosexuel·le·s puissent leur répondre que faute de les vouer au bûcher, l’enfer les brûlera, sans entrer en conflit avec l’enseignement reçu hors du foyer. Qu’il existe, oui, une théorie queer (Judith Butler et principalement des anglophones), s’interrogeant sur l’identité sexuelle et gendrée, qui sert de référence à des militant·e·s homosexuel·le·s (mais aussi asexuel·le·s et autres) n’est pas nouveau. Laïcs ou libre-penseuses, ils, elles influent. En revanche, déplorer que les religieux – imams salafistes radicaux aussi ? – « n’aient pas été associés » aux débats sur la loi Taubira, comme si Christine Boutin n’avait pas été ministre, qu’ils n’aient nul relais d’opinion au Parlement, semble ahurissant. Pourquoi ne pas s’en remettre aux conclaves, synodes, fatwas ? Et si son gamin aime jouer avec des poupées, sa fillette avec des pistolets à eau, on les exorcise ?

Livret objectif ou militant ?

Pour le Huffington, Marlène Schiapipa, adjointe au maire du Mans, s’est livrée à une analyse fouillée de cette coûteuse brochure militante s’invertissant en document objectif. Le livret se fonde sur « une appellation clivante destinée à agiter des peurs et à masquer la nécessaire lutte contre le sexisme ». Elle reprend divers points dont ces « attaques contre La Redoute qui promeut les mannequins androgynes ». C’est surtout, à mon sens, un tract prenant les enseignant·e·s pour des imbéciles, ou pour induire en erreur celles et ceux qui n’ont qu’une vague, très floue notion des gender studies. Une prof de maths peut en tomber des nues : ce serait donc cela qu’inculquent mes collègues, que l’instituteur enseigne à mes enfants ? Cunnilingus dès la maternelle ? Au jardin d’enfants ? Un petit tour en salle des profs suffira à la détromper… Mais Le Genre en images, en téléchargement libre, s’adresse surtout aux parents. On comprend mieux que les parents musulmans ou cathos intégristes réclament des écoles confessionnelles…  Vade retro, gendranas ! Telle est cet aspersion d’eau bénite chassant le démon des écoles publiques. #éducation nationale #Pape François