Là, je peux comprendre les habitants de Campôme (un peu plus de cent habitants, pour certains dispersés dans quelques exploitations environnantes), qui déplorent que les 18 migrants accueillis de mi-février pour trois mois soient repartis. Ils ont été logés dans l’ancienne mairie-école transformée en centre de vacances, ai-je appris… Campôme est une petite localité toute resserrée sur une place, aux rues vraiment étroites. Ce n’est qu’à six kilomètres de Prades, mais c’est une sacrée grimpette. Ce fut longtemps le lieu de villégiature estival de mon ex-belle famille élargie qui avait retapé une petite ruine à l’écart du village. Il fallait à Paul deux-trois tentatives pour, venant de Prades, faire rentrer le break dans la rue menant à la mairie-école. Dire que Campôme est paumé, c’est une forte redondance… Christophe Carol, le maire, s’est confié au site Le Plus de L’Obs’ et je conçois son sentiment : prêt à renouveler l’expérience d’accueillir un groupe débarqué de Calais (c’était le cas) ou d’ailleurs. Il y eu pourtant des réticences : que des hommes âgés de 18 à 35 ans. « Afghans, Kurdes, Irakiens… » et un jeune journaliste éthiopien. Un seul était en mesure de traduire le français dans sa langue (ou peut-être en anglais…). C’est dire que les contacts initiaux n’ont pas été vraiment facilités, mais cela s’est largement amélioré.

Rumeurs infondées

« Les réactions hostiles et déplacées sont exclusivement venues de l’extérieur du village. Des rumeurs totalement infondées (vol, dégradations) ont commencé à circuler, des tracts d’associations d’extrême-droite ont été distribués ». Ce scénario ne m’étonne guère. Quand je lis, sur des sites de la fachosphère, que tous les habitants de telle ou telle localité sont vent debout contre la venue de #réfugiés, que le maire proteste, qu’une pétition circule, et que, après des jours et des jours de débats sur les réseaux sociaux, une « énorme » manifestation est organisée à laquelle presque toute la France est conviée, je constate le résultat. Rien qu’un exemple. Digoin (71), plus de 8 200 h, et… 80 manifestants rassemblés samedi dernier à l’appel du Front national et d’une foultitude de mouvements et groupuscules. Selon leurs envoyés spéciaux (qui formaient peut-être le quart du rassemblement), 71 % des habitants étaient pour cette manif, tout comme le maire DVD. La contre-manif silencieuse aura attiré moins de 300 personnes dont je ne m’aventurerai pas à deviner la provenance. 80 personnes contre plus de 250, c’est un magnifique succès pour la fachosphère ! Le Siel 71 était peut-être venu au grand complet (Souveraineté, Identité et Libertés est une officine plus ou moins proche du FN, selon les départements). Il paraît que « au loin, des automobilistes de passage klaxonnaient leur soutien en entendant La Marseillaise et les ‘’On est chez nous !’’ ». Peut-être un mariage turc, non ? Conclusion du maire de Campôme : « j’ai fait voter la possibilité de renouveler l’expérience (…) Leur présence nous a tant apporté. ». Quant au laxisme préfectoral, le bilan est de deux régularisés par un permis de séjour provisoire (le neuvième donc), deux autres repartis dans leur pays et pour les autres, le maire ne sait pas trop.

Les jungles, pourquoi ?

La raison principale des « jungles », c’est bien sûr, sur le littoral nordiste et normand, le désir de passer la Manche. Mais aussi les consignes données aux préfectures pour transformer toute démarche en France en casse-tête absolu. Pendant des années et des mois, très peu a été fait pour traiter le problème en amont, si ce n’est de refouler en Italie. Et à part disperser le campement de la place Stalingrad à Paris, quels moyens sont-ils mis en place pour éviter la reformation de « jungles » ? Sans doute consigner ad vitam (?) des migrants sur les îles grecques, par exemple. Ils sont 16 000 à s'entasser. Un an après avoir promis d'en accueillir 33 000, les autres pays européens n'en ont admis que 5 000. Un mur se substituera à la jungle de Calais. Et puis ? #accueil #Immigration