Cherchez ‘’#René Girard’’ sur Google, les résultats Wikipedia tiennent le haut du palmarès, avec l’anthropologue en premier. En fréquence, c’est bien l’entraîneur du #FC Nantes qui l’emporte. Ainsi va la vie et la notoriété de nos jours. À contre-courant de l’actualité immédiate et des préoccupations prioritaires des populations lisant davantage de pages sportives que d’ouvrages d’anthropologie, évoquons donc la figure de René Girard (Avignon, 1923 – Stanford, 4 nov. 2016). René Noël Théophile était-il prédestiné à accorder le primat de la mission civilisatrice universaliste aux sociétés influencées par le christianisme ? ‘’Vous n’êtes pas obligés de me croire’’, répondait-il sur ce point. Cela restera sempiternellement controversé mais on peut admettre sans difficulté que Bartolomé de Las Casas (disputatio o Junta de Valladolid, 1550) ait précédé le Mahatma Gandhi (†1948). René Girard avait précédé et étendu l’étude de la polémologie (science de la guerre, illustrée par Gaston Bouthoul, †1980) en délaissant les études littéraires pour s’intéresser, à l’université Johns-Hopkins (Baltimore), à l’anthropologie religieuse. C’est dans Mensonge romantique et vérité romanesque (1961) qu’il introduit le ‘’concept’’ de théorie ou #violence mimétique. Il était sans doute inspiré par le péché originel (entendez le désir humain), par sa défense et illustration et même apologie du christianisme, ce qui ne le disqualifie aucunement. Qu’en est-il ?

Désir et envie pathologiques

L’envie innée, pathologique, est le préalable de tout conflit, qu’il soit interindividuel ou généralisé jusqu’à la guerre globale. L’envie présuppose la rivalité et engendre agressions et désir de vengeance. Le judéo-christianisme n’a pas mis fin à la pratique de désignation d’un bouc émissaire, mais l’évolution de la chrétienté peut être considérée en avoir atténué la fréquence et l’ampleur. Ce serait ‘’la divergence insurmontable entre les religions archaïques et le judéo-chrétien’’ qui serait encore à l’œuvre de nos jours. Force est de constater que la majorité des sociétés occidentales christianisées ont concouru à étendre l’abolition de la peine de mort (que la Turquie islamiste d’Erdogan veut rétablir) et envisage une possible réhabilitation des djihadistes du califat alors que Daesh se livre systématiquement à des exécutions. Cette divergence est-elle durablement insurmontable, ce n’est qu’une hypothèse alors qu’un Donald Trump plaide pour le retour à la torture et prône l’extension de la légitime défense armée, fusse-t-elle létale. La nécrologie de René Girard, par Jean Birnbaum, dans Le Monde, résume : les religions archaïques transmuent ‘’le lynchage en épiphanie’’, la vengeance mais aussi l’agression envieuse ressortent d’une prière exaucée, en quelque sorte, ce que l’application de la charia interprétée par Daesh illustre fort bien. Que Jésus ait ou non existé, qu’il ne s’agisse ou pas que d’un mythe, sa figure marque bien une rupture dans le cours de l’histoire de l’humanité. On peut le mettre en doute puisque l’interprétation des évangiles a su prêter à justifier aussi les croisades, d’autres conflits mondialisés. Ce n’est plus au nom du communisme, mais de l’orthodoxie chrétienne que la Russie interprète l’adage sic vis pacem para bellum. Inversement, si le très germain et très chrétien Donald Trump se ravisait sur les intentions de Vladimir Poutine, ses In God we trust et Gott mit Uns retentiraient. René Girard, l’anthropologue, usait fréquemment d’un humble ‘’si j’ai raison’’ tempérant une certaine arrogance fondée sur sa foi apostolique chrétienne. On peut lui opposer qu’il n’est de vérité révélée viable que validée par l’expérience d’une démarche véritablement scientifique. Mais les sciences, y compris dures, restent humaines, comme semblait le supputer le regretté Umberto Eco… Faute de subvertir l'humanité, tel un Jésus, je me contente de subvertir l'écriture ''pour Google'' sans envie ni désir de vengeance à l'encontre de l'entraîneur du FC Nantes.;-)