Vous avez probablement lu son nom dans les journaux ou vu son visage à la télévision, suite aux attentats qui ont frappé la France dernièrement. L’un des plus grands spécialistes de l’#Islam de notre époque est mort à 63 ans, après une longue lutte contre le cancer. Mais en matière de lutte, on retiendra surtout celle qu’il menait avec acharnement contre une certaine forme de #Religion figée dans le temps prônée par une vision extrémiste de l’islam. En tant qu’intellectuel, Malek Chebel avait, de fait, suscité pas mal de réactions virulentes. Cet homme au savoir pluridisciplinaire – il était diplômé en psychopathologie clinique, psychanalyse, anthropologie, ethnologie, science des religions et science politique – se prononçait en faveur d’un islam ouvert sur le XXIème siècle. Son engagement pour une réforme de l’islam et l’ensemble de son œuvre lui avaient d’ailleurs valu d’être décoré de la Légion d’honneur en 2008.

Défendre un islam de paix et favorable aux femmes avec Malek Chebel

Malek Chebel est l’auteur de pas moins de 35 livres parmi lesquels « L’islam pour les nuls » et « Le Coran pour les nuls », dont les ventes avaient explosé après les attentats. Mais son travail a surtout consisté à réhabiliter la femme et la sexualité dans l’islam, extirpant ainsi cette civilisation des nombreux préjugés obscurantistes qui l’accablent. Dans « Dictionnaire amoureux de l’Islam » et, bien plus, dans « Désir et beauté en Islam » (sorti en mars dernier), il s’interroge sur la place de la beauté, du désir et de l’érotisme dans la religion musulmane. À ceux qui s’insurgeaient d’une telle liberté de parole, il rappelait que les Arabes ont inventé aphrodisiaques, préservatifs, cosmétiques, baumes… et, par là-même, élevé la sexualité au rang d’art.

L’homme, qui militait pour un dialogue facilité entre Orient et Occident, avait constaté dans un entretien au Figaro en septembre dernier que « l’islam apolitique de nos grands-parents et de nos parents a perdu la partie face à l’islam idéologisé des années 1980, 1990, puis 2000 ». La mort d’un tel intellectuel éclairé est, sans nul doute, « une grosse perte pour l’ensemble des musulmans de France », comme l’a regretté le président du Conseil français du Culte musulman.