"Nos hôtesses de caisse en savent plus sur l'économie que nos députés" déclarait Gérard Mulliez, fondateur d'#Auchan le 15 décembre à Marcq-en-Baroeul. Cette haute estime, Fadila aurait sans doute aimé la sentir dans le traitement auquel elle a eu droit le 22 novembre dernier. Et il semble que même après réflexio,n le compliment général déversé de si haut ne l'a pas convaincue que lui refuser l'autorisation de se rendre au toilettes et estimer son transport à l'hôpital par les pompiers comme une absence injustifiée constituent une marque de considération. Pour ces raisons et pour celles citées dans sa lettre que vous pouvez lire sur les réseaux sociaux, le 20 décembre dernier, Fadila, en contrat de professionnalisation à Auchan Tourcoing a saisi la direction du magasin pour demander une enquête sur les circonstances entourant sa fausse couche sur son lieu de travail.

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Lesdites circonstances, extrêmement choquantes jettent un coup de projecteur sur une pratique assez commune de rétention de la pause-pipi.

Déniée de la possibilité de satisfaire ses besoins naturels, Fadila dit avoir dû "ravaler son vomi" et a découvert son siège maculé de son sang quand elle s'est enfin levée. La douleur l'a poussée à contrevenir à l'interdiction de sa hiérarchie de se rendre aux toilettes. La notion d'esclavage moderne peut sans conteste être évoquée. Des rumeurs sur des entreprises obligeant les salariés à porter des couches pendant leur service pour ne pas perdre la cadence fait craindre que la #dignité humaine ne soit sacrifiée sur l'autel de la productivité.

Demander la permission d'aller toilettes : y-a-t-il quelque chose de plus rabaissant?

Et pourtant nombreuses sont les entreprises qui s'illustrent en la matière comme :

  • Téléperformance : qui obligeait ses employés à envoyer un mail pour demander la permission
  • duBreton: l'usine d'abattage de porc au Canada autorise 3 visites aux toilettes par semaines maximum (hors pauses règlementées)
  • WaterSavers Faucet : entreprise américaine qui a installé une pointeuse au lieu d'aisance... pour que les employés n'y prennent pas trop leurs aises : 6 minutes maximum par jour autorisées

Quels éclairages de la loi dans cet arbitrage entre dignité et productivité?

Aucun.

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La pause pipi n'est pas encadrée par la loi qui ne mentionne qu'une obligation de 20 minutes de pause pour 6 heures de travail effectif dans la journée. Comment estimer alors que les entreprises sont fautives quand elles ne permettent pas au salarié d'aller aux toilettes en dehors de ces 20 minutes ? : les besoins naturels ne peuvent être chronométrés, et empêcher leur satisfaction s'assimile à la maltraitance.

Une étude polonaise révèle que les employés les plus productifs travaillent sur le rythme de 52/17: 52 minutes de travail suivies de 17 minutes de pause. Résultat bien lointain des habitudes managériales d'enchaînement au poste de travail. #Société