Décrochage scolaire, ce terme est apparu dans les années 80, dans la réflexion de chercheurs nord-américains, de l'administration des systèmes scolaires et de formation en Amérique du Nord (Canada et Etats-Unis). Cela a permis alors de nommer et d'appréhender les situations d'échec des élèves en fin de cursus ou en abandon scolaire, n'obtenant pas de diplôme. Durant la décennie 1990, le terme et les analyses ont traversé l'Atlantique, pour faire l'objet de travaux plus spécifiquement centrés sur la France.

"Plusieurs enquêtes montrent que des aspects différents peuvent être des facteurs de décrochage", explique Maryan Lemoine, maître de conférences et directeur du département de Sciences de l’éducation à l’Université de Limoges, laboratoire "Francophonie, Education, Diversité".

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"Les aspects cognitifs, c’est-à-dire quand l’élève ne comprend pas le cours et n'arrive pas à le mémoriser, expliquent le décrochage, poursuit-elle. Il y a aussi des aspects psycho-affectifs. Par exemple, en primaire, l'enfant entretient une relation affective avec son professeur et parfois, il n'arrive pas à dépasser cette dimension au collège. Ce qui fragilise l'élaboration d'un rapport serein au savoir. Il peut y avoir également des dimensions familiales, des malheurs qui pèsent sur sa famille, sur lui, sur son parcours scolaire. Enfin on observe des parcours scolaires hachés, marqués notamment par l'absentéisme perlé ou lourd, mais aussi par des changements trop fréquents d'établissements qui ne permettent pas une continuité, et surtout de s'inscrire dans une camaraderie, et une appartenance à la classe ou à l'établissement. Il est alors plus difficile d'avoir des relations privilégiées qui éviteraient ou réduiraient les risques de la désaffiliation."

Les parents : victimes ou responsables ?

Nous avons souvent tendance à présenter les décrocheurs sont issus des familles de la classe populaire, c’est en effet le cas mais pas toujours… "Non ! Les élèves ne sont pas tous ainsi ! On peut être présent dans l’établissement et pourtant être décrocheur", affirment en chœur les associations soutenant les décrocheurs.

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"Les élèves se classent par type : l'élève 'plante verte' est celui qui est au fond de la classe, ne perturbe pas le cours et ne le comprend pas pour autant. Il n'y participe plus", explique Maryan Lemoine. "Puis, nous avons l'élève à la 'scolarité blanche', celui qui est à l'école mais ne produit rien (ne prend pas de notes, etc.). 'L'élève spectre', ou 'le fantôme' quant à lui, hante les couloirs de l'école, les bureaux de l'infirmerie mais n'est pas ou très peu présent en classe. Soit il n'y va pas, soit il se débrouille pour en être exclu. Pendant que des élèves sont jugés trop absents et sont difficiles à 'aller rechercher' d'autres peuvent être considérés, par leurs agissements perturbateurs comme trop présents, être exclus de cours ou démobiliser les acteurs du fait de leurs attitudes hiératiques", confirme Maryan Lemoine.

Toutefois, "les parents ne sont pas les seuls responsables" de ce comportement, selon Guillaume Coti, du Collectif Pouvoir d’agir. "On voit que l’école n’est pas adaptée à toutes les personnalités. C’est-à-dire de la façon dont elle transmet l’information. Elle ne laisse pas assez de place aux parents. Par exemple, les parents qui sont éloignés de l’école (ceux qui n’ont pas suivi une scolarité complète) ont du mal à comprendre ce que l’école leur demande. Puis, parfois, ils se sentent comparés à leurs enfants. 'Reniés' en quelque sorte par l’école, ils se sentent aussi mis à l’écart par les autres parents qui ne tendent pas la main vers eux pour les aider", explique-t-il.

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Nous observons donc des parents démunis, inquiets, parfois en difficulté pour comprendre les attendus de l'école. Cependant, le décrochage est "un processus qui n'est pas forcément irréversible, si l'on prend le temps de regarder, tôt, et d'intervenir à l'échelle des itinéraires singuliers de décrocheurs et de travailler avec eux", conclut Maryan Lemoine. #décrochage scolaire #jeunes #orientation