« Mon chef a refusé pendant tout mon contrat de me serrer la main, alors qu'il le faisait avec les autres journalistes, tous des hommes. », voici le type de témoignages qui figurent sur la page Facebook Paye ton journal. Le concept ? A l’instar de Paye ta Shnek, créée en 2012 pour dénoncer le harcèlement de rue, des pages comme Paye ta fac, paye ton journal, paye ta robe, paye ta blouse, paye ton jeu, ou encore, paye ton taf ont été lancées pour révéler le #Sexisme dans le milieu étudiant et dans le monde du travail.

Mise en ligne début janvier, Paye ton journal est l’une des pages les plus récentes à ce sujet. Elle vise à mettre en avant la discrimination et le harcèlement ayant lieu à l’encontre des femmes dans le milieu du #Journalisme. Anaïs Lecoq, sa fondatrice, estime que « c’est une nécessité de montrer qu’il n’y a pas de ‘petits’ mots ni de ‘petits’ gestes. Je veux que les femmes, journalistes ou non, comprennent qu’à partir du moment où l’on s’est sentie humiliée, blessée ou agressée, c’est grave. Par ces témoignages, je veux qu’elles comprennent qu’elles ne sont pas seules. De plus, je ne supporte plus cette hypocrisie des #Médias qui dénoncent les agressions envers les femmes mais qui cautionnent des actes répréhensibles dans leurs locaux. » Suivie par plus de 5 000 personnes, la page suscite un engouement important de la part du public. A la fois fière et émue, elle explique recevoir plusieurs dizaines de messages par jour.

Le journalisme, un métier particulièrement touché par le sexisme

Les gérants de la page Paye ta Shnek, pionnière dans le mouvement, se félicitent de ces initiatives et ont récemment indiqué qu’il était nécessaire de montrer que le harcèlement ne se déroule pas uniquement dans la rue et s’adresse à tous, quelque soit notre profession ou notre milieu. Comme le prouvent plusieurs ouvrages, dont notamment Génération Y de Monique Dagnaud, les jeunes adultes, majoritaires sur ces pages, sont extrêmement enclins à briser les clichés tenaces.

A l'image de la plupart des métiers artistiques, comme le cinéma, le journalisme est malheureusement une profession particulièrement tangible au sexisme, notamment en télévision. La démarche d’Anaïs Lecoq est extrêmement noble et brise le silence pour beaucoup de journalistes. Bien que le nombre de femmes augmente chaque année au sein des écoles et des rédactions, selon un rapport du CSA publié en 2016, seules 10 chaînes de télévision françaises sur 26 déclarent une parité presque parfaite dans leur équipe d’animateurs et de présentateurs. Si certains clament que ce sont pour des motifs de compétences ou une question d’adaptation au public masculin (ex : en sport), Anaïs Lecoq réfute ces excuses. « Chaque jour est une lutte pour la femme. Le sexisme est insidieux, c’est un vrai problème, on tombe tellement facilement dans ses travers. Il est de notre devoir, hommes comme femmes, de veiller à ne pas avoir des propos ou agir en fonction de ce que nous avons intériorisé. Même si les mentalités ont évolué, le sexisme est encore un problème récurent, la preuve avec les témoignages que je reçois. En tant que journaliste, je veille toujours à la manière dont je parle des femmes dans mes papiers et surtout à savoir si j'utiliserais les mêmes termes pour parler d'un homme ou non (exemple avec la description physique qu'on fait bien plus facilement avec une femme qu'avec un homme », conclut-elle.