J'emploie le conditionnel… Un confrère reporter-photographe, Patrick Aventurier, "stringer" de l'agence photographique Getty Images, aurait été malmené "par deux gardes du corps de Monsieur Fillon". C'était à Nîmes, jeudi dernier. Deux clubs de la presse relayent, le Club de la presse du Gard et le Club de la presse Languedoc-Roussillon. Je pourrais tout aussi bien employer l'indicatif présent pour l'incident, mais surtout, surtout, je conserve le conditionnel pour la suite.

Corporation grégaire

Oui, les journalistes forment une corporation grégaire. Nous avons tendance à nous couvrir les uns les autres. Jamais, au grand jamais, au point de nier le réel, de rompre avec nos principes déontologiques (ou alors, c'est vraiment véniel). Je connaissais bien les clubs de la presse. Je tenais la rubrique leur étant consacrée dans Presse Actualités (groupe Bayard Presse), sous la houlette et l'égide d'Yves L'Her. Si un club départemental et un régional "s'associent pour dénoncer les violences perpétrées" contre Patrick Aventurier, c'est que cela a été vérifié, corroboré. "J'ai été bousculé puis frappé à deux reprises (…) coup de poing à l'épaule, puis un autre aux côtes. J'ai ensuite été soulevé, pieds décollés du sol, sur une dizaine de mètres.". Il s'agirait du service d'ordre de la CGT, de policiers, de militants de Poutou, la réaction serait la même. Là, de gauche, de droite, de tendances frontistes ou ultra-gauchistes, cela ne passe pas. En revanche, quand l'un de nos syndicats (le majoritaire), sort un communiqué pour dénoncer l'attitude des citoyens s'en prenant à la presse lors des meetings de #François Fillon, nombre d'entre nous expriment des réserves. Est-il vraiment nécessaire d'écrire : "La vieille recette politicienne consistant à s'attaquer au messager pour détourner l'attention a toujours eu ses adeptes. En revanche, désigner en meeting à la vindicte des militants les journalistes présents dans la salle pour couvrir l’événement est une tout autre affaire. La récente campagne électorale aux États-Unis au cours de laquelle Donald Trump s’est ainsi comporté a démontré que les violences verbales du candidat et de son entourage pouvaient se traduire par des violences physiques de militants et sympathisants à l’encontre de journalistes." Eh, c'est le métier, pas la peine d'en faire des tonnes. Mon premier réflexe fut d'interpeller Daniel Gentot, ex-président du SNJ. Et puis, oh, bof… Grégarisme peut-être. Bon, il y a eu des guerres civiles où le nombre des journalistes blessés, estropiés, tués, surpassa celui des civils et des combattants. N'en faisons pas trop sur le cas de Patrick Aventurier. Mais si c'était délibéré ? Si, pour se maintenir coûte que coûte (à d'autres), François Fillon tolérait (voire encourageait) de telles pratiques ? Corps de stylo, crosses des perches à micro en l'air ? Impossible : nous serions accusés de censurer le candidat d'une droite filloniste devenue, selon la plupart d'entre nous – et non la totalité –, factieuse. Raymond Barre nous méprisait souverainement, nous le taisions, car ce n'était que verbalement. Je préfère croire que les nervis de François Fillon n'avaient pas reçu de consignes, que le député des beaux quartiers parisiens ne joue pas ce jeu, que Jean-Pierre Raffarin (qui a suscité le communiqué du SNJ après le meeting au Futuroscope) n'a pas cherché à faire huer la presse. Mais si le communiqué du SNJ s'avérait prémonitoire, il faudrait dire. Sans haine, surtout sans crainte. À la veille de la manif du Trocadéro qui sera celle de tous les dangers ou de tous les réconforts pour François Fillon, il est idoine de signaler l'incident. Tel un juste jalon. Ultime, espérons. #Penelopegate #journaliste