Parlons des #MacronLeaks. En nous conformant bien sûr aux recommandations de la Commission de contrôle de la campagne électorale, soit en nous abstenant totalement d'en diffuser la teneur. D'une part parce qu'il est très aisé à tout un chacun d'accéder à des sites divulguant des fac-similés de ces documents (la preuve : le visuel ci-dessus en provient, et puisqu'il s'agit d'un faux, manifestement ironique, je n'enfreins strictement rien). D'autre part, surtout, parce qu'il faut exposer le but de la manœuvre. Soit encore une fois accuser les médias d'autocensure, de favoriser tel ou tel candidat (et donc, en fait, de dissimuler des éléments pouvant profiter à telle ou telle candidate).

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Est-ce assez clair ?

Prémédité ?

Chacun peut se fonder son opinion. Avant le piratage des données de campagne d'En Marche et leur diffusion par un site "Slavright" (suprématiste caucasien, ou si vous préférez, "europoïde") étasunien, Marine Le Pen déclarait à Emmanuel Macron, "j'espère qu'on n'apprendra rien sur vous dans quelques jours…". Très peu après les tout premiers articles évoquant les MacronLeaks, Florian Philippot laissait entendre que les médias taisaient délibérément la teneur, déclarée compromettante pour Emmanuel Macron, des courriels ou documents. Si Russia Today a traité très factuellement l'information, Sputnik News se complaisait à reproduire des messages d'Internautes reprenant le même argument : les médias sont complices, et désinforment en ne divulguant rien pour le moment.

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Il est très difficile de supputer l'effet de la propagation de rumeurs, de la répercussion de faux grossiers, de la démultiplication amplifiée de fausses nouvelles. Ce peut être contreproductif, mais aussi servir à consolider des soutiens, soit abusés, soit complices. Qu'on ne s'y trompe pas : même persuadés de la réalité d'une falsification, des militants persistent à crédibiliser une fake news. Et des responsables politiques s'abstiennent de se prononcer. Même Donald Trump, qui s'en était beaucoup servi, a fini par concéder que le prétendu certificat de naissance kenyan de Barack Obama était un faux grossier. A-t-on entendu Nicolas Dupont-Aignan inciter à ne pas propager des rumeurs ? J'ai vraiment cherché, sans rien trouver (donc ne peut exclure qu'il ait pu le faire). C'est aussi pour cela que Dominique Jamet, vice-président de Debout la France, a claqué la porte au nez de son président. La méthode est simple. Marine Le Pen se refuse à tout contact avec un organe de presse, interdit à tel autre de couvrir sa campagne.

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Puis son équipe dénonce la censure de ces médias, et les sympathisants amplifient… Il s'agit de discréditer tous les vecteurs qui n'appartiennent à la sphère de la "#Réinformation". Le problème, c'est que cela impose une pression sur la presse, peut pousser à gonfler l'impact des fausses nouvelles. Il s'agit d'une tendance lourde, qui ne touche pas trop la presse régionale pour le moment ; en sera-t-il de même lors des législatives ? C'est en fait assez limpide : qui ne sanctionne pas cette lourde dérive en est le complice objectif. Ce qui est insidieusement en jeu, c'est la manipulation et l'instrumentalisation des organes de presse. On a, dit-on, les élus qu'on mérite, veut-on aussi avoir les informations qu'on mérite ? Votez, pour l'une ou pour l'autre, ou blanc, ou abstenez-vous en conscience de décider aussi de la nature de la presse que vous mériterez.