Jouera, jouera pas ? Cette question est longtemps restée lancinante. Vu l'épidémie du virus Ebola présente au Maroc, le pays hôte de cette 30ème a refusé d'accueillir les meilleures équipes africaines sur son territoire. C'est donc en Guinée équatoriale que se jouera cette édition 2015. Le pays n'aura eu que deux mois pour se préparer. « La grande interrogation, c'est l'état des pelouses », explique Hervé Penot, journaliste à L'Equipe et spécialiste du #Football africain. « Nous serons vite fixés dès le début de la compétition ». Une chose est sûre : la CAF (Confédération Africaine de Football) ne voulait surtout pas reporter la CAN qui a lieu au mois de janvier, souvent au grand dam de pas mal de clubs européens en pleine reprise de la seconde partie de leur championnat.

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Une autre grande question se pose : ce pays, 135ème au niveau de l'indice de développement humain, sera-t-il capable d'organiser le tournoi ? En 2012, la Guinée équatoriale avait déjà co-organisé la CAN avec le Gabon. Elle s'était dit prête à tout gérer seule. « Pourtant, elle manque de temps », souligne Pascal Boniface, directeur de l'IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques). Pour qui une Coupe d'Afrique ne doit pas faire oublier les problèmes mais plutôt attirer la lumière sur les manquements du pays. « Il doit profiter de ce coup de projecteur pour se montrer au monde entier ».

Généralement, les matchs doivent être des fêtes pour tous ces pays d'Afrique. Sera-ce le cas vu le contexte ? « Il ne faut pas de grands stades car ils se retrouvent souvent vides hormis quand l'équipe locale joue », indique Hervé Penot.

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Le temps manquera pour que les autorités préparent pleinement cet événement. Et l'ambiance dépendra sans doute des supporters des…autres pays. « En Angola, ça n'avait pas été très festif. Ici, il y aura des petits stades donc ça peut être positif ».

« Les joueurs viennent par patriotisme »

Outre l'aspect sportif, le financier est également capital à la Coupe d'Afrique. « Au sein de l'UEFA, cet argent est redistribué avec une certaine transparence. Des progrès en la matière existent en Afrique mais ça doit encore s'améliorer », explique Pascal Boniface. « Où va cet argent ? », s'interroge par contre Henri Penot. « Il y a une sorte de combat entre les joueurs et les fédérations ». Mais le joueur africain ne semble pourtant pas toujours se déplacer pour les primes. « Pour certains, c'est plus confortable de rester dans leur club où ils gagnent plus. C'est par patriotisme que les joueurs viennent. S'ils réussissent, ils sont des héros mais s'ils foirent, ils risquent des problèmes », indique le directeur de l'IRIS.

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L'argent n'est peut-être pas la motivation principale. Mais on se souvient tout de même de la médiocre Coupe du Monde du Cameroun en 2002, suite aux problèmes de primes.

L'organisation, l'ambiance, l'argent, on en viendrait presque à oublier l'essentiel : les équipes sur le terrain. Elles seront seize et réparties dans quatre poules. Bien malin qui pourrait dire le favori car ils sont nombreux à pouvoir revendiquer la quête du Graal. L'Algérie semble tout de même sortir du lot. « Elle a réalisé une excellente Coupe du Monde et il y a eu de la continuité dans les éliminatoires avec Gourcuff qui assure la relève de Halilhodzic. C'est un collectif impressionnant », explique Sylvère-Henry Cissé, journaliste sportif à Canal +. « La Côte d'Ivoire est toujours citée mais rarement couronnée, surtout sans Drogba, c'est presqu'une certitude. L'équipe connaît des problèmes défensifs », précise encore le spécialiste. « Et ça ne se passe pas si bien que ça avec Hervé Renard », poursuit Hervét Penot. Le Ghana, en reconstruction mais qui a acquis de l'expérience, et le Sénégal auront aussi leur mot à dire. Quant au Cameroun, il faudra voir l'après Eto'o et la réaction suite à la Coupe du Monde ratée. Bref, comme le résume le journaliste de Canal +. « Le dernier carré est impossible à dire ».

De belles affiches sont déjà au programme : Guinée équatoriale/Gabon, Cameroun/ Cote d'Ivoire et Ghana/Algérie. Des matchs où des joueurs vedettes de leur pays pourront être admirées comme Touré (Manchester City) en Côte d'Ivoire et Brahimi (FC Porto) en Algérie. « Mais n'oublions pas les jeunes joueurs qui vont éclater vu l'exposition médiatique », rappelle Pascal Boniface. Des joueurs souvent sous la houlette de coachs…blancs. Pourquoi donc si peu d'Africains à la tête de ces équipes nationales ? « Il y a des raisons historiques. On va chercher des sorciers blancs pour éviter la concurrence entre les ethnies dans les équipes », explique Sylvère-Henry. « Des coachs comme Claude Leroy, Hervé Renard ou le sélectionneur allemand du Cameroun comprennent la sensibilité de ces pays. Ils aiment l'Afrique ». Et l'Afrique les aime également. En leur donnant l'opportunité de faire rêver un continent pendant plus d'un mois. En réalité non, faire rêver bien plus qu'un continent, la planète foot toute entière. Consciente des nombreux talents « balle au pied » présents sur cette partie du globe.