Respectivement recrutés pour 40 et 49 millions d'euros, Thiago Silva et David Luiz sont des joueurs de classe internationale. Mais là où la paire auriverde devrait être l'une des plus fortes au monde, celle-ci enchaine les performances indignes du haut niveau. Et Laurent Blanc, mieux que quiconque, peut y remédier.

Des profils complémentaires...

Sur le papier, Thiago Siva - David Luiz, constitue sûrement la meilleure défense centrale actuelle : plus technique que la paire Kompany-Mangala (Manchester City) et plus sécurisante que l'imprévisible Pepe-Ramos (Real Madrid), elle est aussi plus expérimentée que la bavaroise Benatia-Boateng (Bayern Munich). C'est dire. Mais la qualité des footballeurs qui la composent s'impose : ''O'Monstro'', capitaine du Brésil, est perçu comme le meilleur défenseur axial de la planète pour sa science du placement, de l'anticipation et de la relance, qualités qu'il a développées en côtoyant le grand Nesta durant ses classes milanaises. David Luiz, quant à lui, est un joueur rugueux, fort dans les registres athlétiques et aériens, disposant d'une palette impressionnante. « Il peut jouer à n'importe quel poste. Il a la technique d'un 6 ou d'un 8», avait affirmé Laurent Blanc. Il a aussi une expérience significative du très haut niveau (Benfica, Chelsea). Cependant, le potentiel individuel additionné n'est pas suffisant pour former une paire cohérente. 

… dont l'association est décevante.

En considérant les deux derniers matchs du PSG (Barça et Guingamp), le constat est cinglant : la doublette censée dominer donne une nette impression de désorganisation. Plus grave, la complémentarité supposée de leur profil n'est plus évidente du tout. La faute, probable, à la philosophie de jeu prônée par leur entraineur. En effet, l'ancienne gloire de l'Équipe de France voue un culte à la possession et, à ce titre, peut s'appuyer sur les deux joueurs à l'aise avec le ballon que sont Silva et Luiz, le premier droitier, l'autre gaucher. C'est donc leurs qualités techniques communes, balle aux pieds, qui sont valorisées... Mais cela ne concerne que le pan ''construction de l'action'' : défensivement, on ne peut pas demander aux deux centraux de jouer le même rôle et de mobiliser les mêmes aptitudes... Ce que Le Président sait parfaitement. 

La solution ? S'inspirer des grandes charnières pour en devenir une.

En 1998, la France devient championne du Monde avec une charnière Blanc-Desailly, deux joueurs aux qualités différentes mais formant un modèle de défense centrale qui fait encore autorité : à Desailly, l'incarnation de la puissance et la primauté dans les duels, à Blanc, le leadership tactique et la vocation du « dernier rempart ». En somme, cette défense centrale moderne s'appuyait sur une répartition classique des rôles : deux défenseurs centraux jouant certes en zone, mais dont les attributions répondaient au strict schéma stoppeur / libéro. Au camp des loges, la logique voudrait que le Cévenol s'inspire de sa propre expérience, mais peut-être craint-il de froisser l'égo d'un Thiago Silva qui vit très mal la remise en question de son statut en seleçao, sans parler du caractère naturellement nonchalant de David Luiz. Il y a cependant urgence : face à des attaques plein axe, il est inconcevable qu'aucun défenseur central ne sorte sur le porteur du ballon... Surtout lorsque l'on prétend pouvoir remporter la plus prestigieuse des compétitions européennes et que les adversaires s'appellent notamment Neymar Jr. 

Blanc doit taper du poing sur la table

L'ancien entraineur des Girondins de Bordeaux aurait tout intérêt à recadrer ses hommes en définissant clairement qui-fait-quoi. Thiago Silva a une légitimité importante au sein du groupe parisien, ne serait-ce que pour les titres glanés ces deux dernières années. En principe, ce n'est donc pas à lui de changer sa façon de jouer, laquelle s'apparente à celle d'un libéro à l'ancienne. Et ça, le truculent David Luiz va devoir le saisir et fournir les efforts attendus d'un stoppeur classique. A contrario, reste la solution d'un Thiago Silva qui irait un peu plus au charbon. Ce qui veut dire : sortir de sa dilettante actuelle. 


Si Paris veut battre Chelsea en Ligue des Champions, Blanc doit retrouver sa défense.
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