Certains témoins ne les ont pas oubliées. Pourtant, les tristes mines de cette journée froide de janvier 2011, du côté de Malmö, en Suède, font définitivement partie du passé. A l'époque, alors que l'équipe de France de Handball s'apprête à décrocher un quatrième titre planétaire, les représentants de la Fédération française ont bien du mal à digérer la décision prise par l'IHF (international handball federation). Cette dernière vient, en effet, de préférer le Qatar à la France pour organiser le Mondial 2015... Le quoi ? Oui, oui, le Qatar ! Nation mineure de la discipline qui ne comptabilise alors que trois participations au grand bal planétaire sans obtenir de meilleur résultat qu'une qualification au deuxième tour.

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Bon, bon, bon... Fallait-il y deviner un acte politique ? Celui d'offrir à un pays asiatique la chance de promouvoir un sport "eurocentré" ? Le Brésil, la Chine et le Japon avait déjà pu jouir d'un tel privilège mais ils sont autant de nations installées dans le paysage handballistique. Le paramètre économique n'était sans doute pas étranger à un tel positionnement. L'émir du petit pays du Golfe ne dissimulant pas, déjà à l'époque, son prosélytisme avide de faire reconnaître sa terre de part le monde.

Désormais actionnaire du club parisien du PSG Handball et dépositaire des droits de l'équipe de France via sa chaîne TV BeinSport, l'émirat n'a donc pas chicané sur les investissements. Et la Fédération française s'est même muée en conseillère pour épauler le pays du golfe - qui ne disposait alors d'aucune infrastructure adéquate - dans le déploiement logistique qu'exige une telle compétition.

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Un petit tour et puis s'en va ?

Ceux qui observent avec distance l'actuel championnat du monde n'y trouveront sans doute que peu à redire. Préférant se borner à un aspect purement sportif. Et sur ce point, si l'on ne gratte pas trop frénétiquement, le Qatar disputera bien dimanche 1er février une finale de championnat du monde au terme d'un parcours où il a obtenu sa qualification dans les règles qui régissent le 40x20 (dimensions d'un terrain de handball). Là-dessus rien, ou peu, à redire. Mais, parce qu'il y a un mais, quel sens donner à la présence d'un pays quasi inexistant jusqu'alors sur la scène planétaire, qui ne compte officiellement que quelques centaines de licenciés, en finale d'un championnat du monde ? Sinon l'illustration de la dictature du pouvoir et de l'argent, celle qui a permis à l'émir de s'offrir l'attachement des services de joueurs d'autres nationalités, soudainement enclin à porter haut et fière les couleurs du Qatar. Chacun reste seul juge de l'exploitation qui a été des faites des législations pour le moins souples de la fédération internationale en matière de naturalisation...

Toutefois, et avant même que ne s'achève cette édition 2015, une dernière question se pose : et demain ? Il est fort à parier que l'avenir de la sélection du golfe est limité.

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Comment imaginer, en effet, que dans dix ou quinze ans, une troupe majoritairement composée de joueurs fraîchement nationalisés - qui selon des rumeurs non vérifiées ou vérifiables profiteraient de prime excessivement généreuse - existera toujours sur la scène internationale ? Que cette édition 2015 aura soulevé chez le peuple qatari un engouement insoupçonné pour un sport jusqu'alors anonyme alors même que sa fédération a "loué" des supporters étrangers pour soutenir son équipe ?

Certes, le Qatar pourrait bénéficier d'une chance de prendre part aux prochains Jeux Olympiques de Rio. Mais les effets n'ont certainement d'autre destin que celui de retomber comme un soufflé. Le pouvoir de l'argent serait donc limité ? Car c'est bien de cela dont il s'agit. A coups de chéquier, un pays se sera offert quelques instants de divertissements. Désormais, la seule façon de prêter à cet ubuesque épisode un goût moins amer serait de voir, non pas le fric mais bien le sport, triompher. Et n'en déplaise aux richissimes hôtes du tournoi, le bon sens nous fait espérer que le lauréat, tout patriotisme mis à part, en plein cœur du désert, ne soit pas, dimanche, celui que personne n'attendait. 

FINALE - Dimanche 1er février

France - Qatar (17h15) sur BeinSport 3 et TF1