Souvent décrié, toujours caricaturé par les grandes instances et l'intelligentsia à la fois sportive et politique, le mouvement ultra n'est pas cette frange extrémiste et violente qu'on l'accuse souvent d'être. En effet, la doxa a tendance à confondre le mouvement Ultra avec le hooliganisme. Si ce dernier n'est bel et bien que violence et bagarre (le plus souvent loin des stades et enceintes sportives), le mouvement Ultra se désolidarise totalement de ces dérives.

Que serait l'ambiance dans les stades sans les Ultras ?

Le but des groupes de supporters que l'on appelle Ultras est de mettre l'ambiance dans les stades par leurs chants, leurs drapeaux, leurs tifos et dans le passé par des animations pyrotechniques (fumigènes notamment).

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Alors évidemment, il y a des rivalités entre groupe de supporters de clubs différents mais cette rivalité ne saurait quitter l'enceinte des stades.

C'est pourquoi tous les groupes Ultras font bloc contre les mesures répressives, qu'ils jugent pour la plupart liberticides, en créant un front uni de Bordeaux avec les Ultras Marines à Marseille avec le Commando Ultra en passant par Nantes et sa Brigade Loire. Ainsi les mêmes slogans reviennent dans tous les stades de France comme "Liberté pour les Ultras" ou "Interdits toujours présents". Pour prouver cette alliance entre groupes Ultras, le Commando Ultra de Marseille avait soutenu les Boulogne Boys, pourtant supporters parisiens et rivaux éternels, lors de la dissolution de ces derniers à la suite de l'affaire de la banderole dite anti-Chtis.

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Aussi stigmatiser à outrance ces supporters et vouloir aseptiser les stades revient-il à vider les stades de leur essence en suivant le modèle emprunté par Margaret Thatcher pour "nettoyer les stades anglais de ces hordes barbares" à savoir les hooligans.

Il faut prendre conscience qu'expulser cette population des stades de France ne ferait qu'appauvrir un championnat déjà mal en point. Ne parle-t-on pas des ambiances survoltées du Chaudron, du Vélodrome ou dans le passé du Parc des Princes ? Ne participent-elles pas de la beauté du championnat ? Les championnat turc ou grec, qui sportivement ne sont pas aussi compétitifs que d'autres championnats européens, sont identifiés à ce spectacle en tribune, preuve que cette culture du "supporterisme" apporte une valeur ajoutée à un championnat. Enfin, on ne compte plus les accords entre groupes de supporters de pays différents en Europe ce qui constitue un dynamisme fou et une des réussites, aussi, de la construction européenne. Pour ne citer qu'eux, on pense aux accords entre les Ultramarines bordelais et les supporters du Bayern Munich ou à la collaboration profonde et ancienne entre le Commando Ultra marseillais et les Ultras Tito de la Sampdoria de Gênes.

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Le rôle social des groupes Ultras

Outre cette aptitude à faire le spectacle, les groupes Ultras ont aussi un rôle social important. Effectivement, ils ont un rôle de catalyseur social dans la mesure où des personnes de classes sociales très différentes. Ainsi "le stade Vélodrome est le seul lieu où les barrières politiques, ethniques ou sociales tombent. On est tous derrière l'OM et ce peu importe nos parcours différents" comme l'explique Jawed un jeune supporter marseillais.

Les groupes de supporters s'engagent également socialement en organisant régulièrement des collectes d'habits au sein des virages en vue de les offrir aux plus démunis ou en collectant des denrées alimentaires ou en soutenant l'action des Restos du coeur comme lors de OM-Nantes du 29 Novembre dernier (cf: la photo de l'article) au cours duquel les South Winners ont réalisé un tifo célébrant les 30 ans des Restos du coeur et en érigeant deux banderoles appelant à la générosité: "Monsieur Coluche toujours présent" et "Qui ne donne pas n'est pas marseillais". En parallèle de cette réalisation, ils ont aussi collecté des denrées alimentaires puis les ont remis à l'association caritative.

A l'étranger on retrouve cet engagement social des groupes de supporters comme au Rayo Vallecano, un petit club de la banlieue de Madrid. Les supporters de ce club, qui a fait dernièrement la une pour la mort d'un hooligan après une après-midi de violence en marge du match contre l'Atlético Madrid, se sont cotisés pour empêcher l'expulsion d'une vieille dame qui n'avait plus les moyens de payer son loyer.

Dès lors, plutôt que de passer leur temps à tomber à bras raccourcis sur ces groupes de supporters et sur le mouvement Ultra en général, les instances du #Football feraient bien mieux de se rendre compte de la richesse et de la diversité qu'apportent ces groupes au football européen.