Une censure injustifiée

Il n'a pas jeté de banane sur le terrain, n'a pas fait de salut hitlérien, n'a critiqué ni la couleur de peau, ni la religion, ni le physique de qui que ce soit. Pourtant, Yoann Sedikk, ce supporter du Paris Saint Germain de 27 ans s'est fait sortir du Parc des Princes manu militari.

La scène s'est déroulée lors du match qui opposait le club de la capitale à l'AS Monaco, en quarts de finale de la coupe de France. Nous sommes à trente-cinq minutes du coup de sifflet final. Le match bat son plein, les actions et les buts sont au rendez-vous. Mais la question des tarifs continue d'énerver et les supporters veulent se faire entendre.

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C'est alors que Yohann lance un chant de protestation «Abonnements trop chers, supporters en colère!». Ce dernier sera repris par une bonne partie de la tribune 'Auteuil'.

Immédiatement, quatre stewards interviennent pour le sortir du mythique stade parisien.

«Ils m'ont dit que j'allais recevoir un courrier ou un e-mail disant qu'ils allaient mettre fin à mon abonnement et m'interdire de Parc des Princes pendant trois ans», se souvient ce gérant d'une brasserie. Il apprendra par la suite que son geste pourrait lui coûter une résiliation de son abonnement et une interdiction de stade de 3 ans.

Contacté par le quotidien 'Le Monde', un dirigeant du club explique avoir « expulsé une personne qui insultait notre président ».Yoann Sedikk, lui, dément formellement avoir proféré des insultes à l'encontre du président du club, le qatari Nasser Al-Khelaïfi : «Que ce soit bien clair, je n'ai jamais lancé un chant contre Nasser, ni jamais allumé un fumigène.»

« On trouve juste que c'est trop cher »

Interrogé par le journal '20 minutes', le supporter explique le pourquoi de son agacement:

«Je devrai payer 47 euros par mois (prix de l'abonnement NDLR), plus 35 euros si on va en quart, et 45 euros en demi. C'est n'importe quoi. Un abonnement, tout est compris dedans! A la salle de sport, on ne te fait pas payer un supplément sauna. On m'a dit que c'était un chant contestataire. On ne conteste pas, on trouve juste que c'est trop cher.»

Quand bien même cela aurait été «contestataire», depuis quand serait-il interdit de contester la politique du club dont on défend les couleurs, que l'on suit depuis des années, par passion, souvent depuis l'enfance?

Le football est une fête, pas un banquet mondain

Suite aux incidents qui avaient éclaté en juin 2013 en marge de la célébration par les supporters du Paris-Saint- Germain de leur troisième titre de champion de France, les dirigeants du club avaient pris les mesures nécessaires pour interdire l'accès aux tribunes à un grand nombre d' «ultras» jugés trop violents.

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Certes, les stades se portent bien mieux sans les fauteurs de troubles venus plus pour la baston que pour le #Football. Mais rappelons-le, ces incidents avaient surtout été provoqués par des «casseurs», non par des supporters du club. Par ailleurs, depuis de longs mois déjà, une grande partie des fans déplore un climat «beaucoup trop calme», «presque aseptisé».

Or, lors d'un match de football, il faut bien que le corps exulte un minimum! Avant le foot, c'était la fièvre du samedi soir. Aujourd'hui on dirait plutôt un dîner mondain.

La tribune « présidentielle » s'est vue peu à peu transformée en tribune «VIP/JET-SET». Plutôt que des supporters, on y trouve surtout des businessmen: Enrico Macias fumant le cigare, Jay-Z arborant sa Rolex, une coupe de Krug à la main, N.Sarkozy essayant de se concentrer sur le match entre deux coups de téléphone de l'avocat de son avocat…

Le Parc des Princes lui, a toujours été animé, porté par «Le chant des fans, toujours derrière Paname, qu'il perde ou qu'il gagne» (Rorti, «Le chant du Parc»).

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Parfois, des débordements en marge du match peuvent venir gâcher la fête. Mais c'est aussi cela le football! Le foot, c'est un sport populaire, c'est pour tout le monde. Parfois, les esprits s'échauffent!

Ce n'est pas pour rien qu'encore aujourd'hui, on appelle le stade Geoffroy Guichard de Saint-Etienne «Le Chaudron». L'ambiance qui y régnait dans la période d'apogée du club, dans les années 70 était électrique.

Ainsi, entre voyous venus pour en découdre avec le camp adverse et la Jet-Set qui sirote son champagne, il doit y avoir un juste milieu. Et s'il est normal que les premiers soient interdits de stade, les seconds ne doivent pas être les seuls à pouvoir assister au spectacle. Quant aux vrais supporters, ils devraient avoir le droit de s'exprimer librement. Lorsqu'ils sont satisfaits du match et du résultat, fiers de leur équipe, ils le font savoir par des chants de joie, ils jubilent, sautent et font trembler la tribune. Lorsqu'ils sont mécontents, ils sifflent, huent, crient. C'est cela, être supporter!

Le foot c'était mieux avant

Car oui, la sécurité, c'est primordial. Mais trop de sécurité finit par nuire à la liberté. Le supporter n'est pas là pour se délecter du prestige d'un dîner mondain. Il est là pour représenter son «clan», sa «famille», sa «fierté»… En Angleterre, des matchs de quatrième divisions peuvent parfois attirer jusqu'à 10.000 personnes: La moitié de la population de deux villes de 10.000 habitants qui s'affrontent, se chambrent, se défient.

Ce n'est pas de la violence. C'est de la ferveur populaire. On appelle cela «être porté par l'euphorie du moment».

Quant au Parc de princes, à part le fameux «Paris est magique», hurlé en canon par les tribunes 'Boulogne' et 'Auteuil' qui se répondent, il ne restera bientôt plus rien. Trop dangereux. #PSG