Blasting News : La prime de 5000 euros promise aux parisiennes en cas de victoire en Ligue des Champions, qu'est-ce que ça vous inspire sachant qu'un chèque d'un million d'euros était promis l'an dernier aux parisiens s'ils remportaient la compétition ?



Aude Moreau : J'ai évidemment l'habitude d'entendre ce genre de chose. À tel point que ce n'est plus choquant. On connaît les différences financières entre hommes et #Femmes dans le sport et dans le foot. Après, 5 000 euros pour les joueuses, je vous assure que c'est déjà bien car peu de clubs féminins peuvent se permettre ce genre de chose. C'est sûr que si on compare, c'est flagrant et ça illustre bien les inégalités.

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Mais ce qu'il faut surtout dire, c'est qu'une fille qui fait du foot ne peut pas en vivre, le plus souvent. Chez les hommes, c'est un business et on s'éloigne du sport. On essaie de faire changer les choses. On ne rattrapera jamais cet écart, mais on peut peut-être enlever un peu d'argent aux hommes pour le donner aux femmes.



BN : La plupart des joueuses ont donc un autre métier à côté ?



AM : Oui. Je joue à Juvisy, on a quand même fini troisième du championnat de France, mais on travaille à côté. Je suis ingénieur en énergie. On doit bosser à côté car le #Football, pour nous, ça paie moins que le SMIC. C'est un mode de vie qui est d'autant plus difficile car pour être sportive de haut niveau, c'est beaucoup d'efforts, d'exigence. Mais c'est bien évidemment une passion avant tout.

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Blasting News : Voilà bientôt dix ans que vous êtes joueuse pro. Quel regard portez-vous sur l'évolution du football féminin, en terme par exemple de salaire, de considération, et plus généralement dans son rapport au foot masculin ?



AM : Depuis que j'ai commencé, les choses ont quand même bien évolué. Il y a de plus en plus de moyens au niveau de certains clubs, pas tous, mais si on est rattaché à des clubs professionnels masculins, comme à Lyon ou à Paris, il y a davantage d'investissements, de structures. Dans ces clubs, les choses ont aussi évolué au niveau des déplacements. On prend l'avion ou le train plutôt que de faire des longs trajets en bus. On a aussi de meilleurs terrains d'entraînement. Quand on joue à Gerland (stade de l'Olympique Lyonnais), c'est superbe, on a évidemment pas ça dans tous les clubs. Il y a aussi plus de médiatisation. On peut voir des matchs sur Eurosport, sur France 4. Et puis la finale de la Ligue des Champions sur France 2, c'est une bonne chose, même si je regrette que la rencontre ait eu lieu à 18h, c'est forcément moins bien en terme d'audience.

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Mais aujourd'hui, il n'y a que trois clubs féminins professionnels, Lyon, Paris et Montpellier. Il faut développer ça encore, mais il faut plus de moyens.



BN : Le président de la ligue de football amateur en Italie a dit qu'investir dans le foot féminin signifiait "gâcher de l'argent pour quatre lesbiennes"..qu'est-ce que ça vous inspire ?



AM : C'est très gentil ça. Cela montre surtout qu'il y a beaucoup de gens qui ne veulent pas investir dans le sport féminin. Pourtant, une entreprise ne peut pas fonctionner sans ces investissements, comme par exemple Jean-Michel Aulas le fait à Lyon. Cela montre aussi que les clichés persistent : il n'y a pas que des lesbiennes dans le sport féminin, et puis surtout, on se fout de la sexualité des gens. Ça n'a pas à entrer en compte. Il y a un manque de considération pour le sport féminin, mais il est surtout évident chez les plus anciens. Les nouvelles générations sont plus ouvertes et apprécient le football féminin par exemple. Ce sont des stéréotypes anciens qu'il faut changer. Mais quand ces gens, comme cet Italien, ne seront plus aux commandes des fédérations, on pourra avancer.



BN : Si le foot féminin, et le sport féminin en général, gagne en considération, en visibilité, les inégalités sont encore criantes. Pourquoi selon vous, et comment faire avancer les choses ?



AM : Les inégalités sont là à cause de certaines mentalités à la tête de clubs, comme on vient de le voir. Il y a aussi, et c'est dommage, beaucoup de personnes qui s'imaginent que les joueuses sont moins techniques, moins physiques, que le football féminin n'a pas d'intérêt, et donc que ça ne sert à rien d'investir. C'est le principal obstacle, et tant qu'on ne le franchit pas...Il faudrait aussi et surtout faire en sorte que les gens se déplacent, viennent voir les matchs, et qu'ils constatent que les filles jouent très bien aussi. Il faut aussi professionnaliser davantage le sport féminin. Des initiatives comme les 24h du sport féminin sont encourageantes d'ailleurs, même si je préférerais que ça ait lieu tous les mois. Le plus important, c'est de faire découvrir le sport féminin aux gens, et de faire tomber les préjugés.