Le 27 avril dernier, nous vous faisions part du témoignage de Luca, supporter du Paris Saint-Germain refoulé du stade Charléty à l'occasion de la demi-finale de la Ligue des Champions du #PSG Féminin, sans aucune raison si ne ce n'est qu'il n'était pas désiré par la direction du club, alors qu'il était en possession d'un ticket de match valide... Il nous livre un nouveau témoignage.

Suite aux évènements fin avril, tu as été convoqué au commissariat cette semaine ?

Oui. C'était la deuxième convocation suite à cette histoire de match des féminines du PSG. La première convocation, début mai, était une audition libre, durant laquelle j'ai décliné quantité d'informations me concernant aux policiers, et où il s'agissait d'établir un procès verbal. Cette convocation a duré environ deux heures. J'ai ainsi été amené à donner ma version des faits, de mon arrivée au stade à la fin de l'interpellation. J'ai également été soumis aux photos et prises d'empreintes digitales, afin d'être répertorié dans un fichier interne. Deux semaines plus tard, j'ai reçu un nouvel appel du même commissariat, en charge des questions liées aux stades. Il m'était cette fois demandé de prendre rendez-vous, car on avait un document à me présenter. En l'occurrence, mon interdiction de stade.

Dans quelles conditions as-tu été reçu ? Comment cela s'est passé ?

J'ai été accueilli par le policier qui m'avait auditionné deux semaines plus tôt.

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Il m'a expliqué que le préfet avait notifié à mon encontre une interdiction administrative de stade d'urgence, d'une durée d'un mois. Il m'a présenté le document à parapher, à savoir un résumé de l'infraction commise et la sanction s'appliquant. Il a précisé qu'à l'issue de cette première interdiction de stade, une seconde, plus longue et avec obligation de pointer au commissariat les jours de match du PSG, pourrait être infligée. Mais qu'elle ne concernerait a priori que les personnes ayant déjà fait l'objet d'une interdiction de stade par le passé, ce qui n'est pas mon cas. À la suite de quoi, il m'a laissé repartir libre. Cette procédure n'a duré qu'une petite dizaine de minutes.

Que te reproche-t-on précisément ?

Ce qui a été retenu, c'est « attroupement sur la voie publique après sommations », et donc par extension, menace à l'ordre public.

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C'est à dire que je suis fautif de ne pas m'être dispersé après les ordres des flics. Cet ordre de dispersion a été donné au mégaphone, mais d'une part je ne l'ai pas entendu car il y avait des chants au même moment, et d'autre part il a été donné au moment même où les escadrons de CRS se resserraient sur nous, sans possibilité ou presque de leur échapper. On peut donc clairement s'interroger sur le bien-fondé de ce reproche. Ça donne l'impression qu'il y avait une volonté réelle de faire du chiffre ce jour là, en utilisant une charge législative bidon pour justifier l'interpellation puis la sanction.

Quelle a été ta réaction ?

J'ai eu un sentiment d'amertume et de dégoût. Mais je ne suis qu'à moitié surpris, car je suis conscient du traitement réservé aux supporters, et plus particulièrement aux « ultras » du PSG. Cependant, à la lecture du document mentionnant mon interdiction de stade, je n'ai pu m'empêcher de rire. Il était écrit que « considérant mon comportement d'ensemble, je représentais une menace pour la sécurité des personnes et des biens ».

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C'est risible. La réalité, c'est que lors de cet événement à Charléty, j'ai été refusé d'entrer en tribunes sans aucun motif légal, et ce en dépit des places achetées au guichet. De plus, je suis journaliste, je possède une "carte de presse sports", ce qui prouve que je n'ai pas de casier ni d'antécédents judiciaires. Il n'y avait donc aucune raison de m'appréhender comme un mec dangereux. Quant aux faits avant l'interpellation, je n'ai rien non plus à me reprocher. Si ce n'est d'avoir chanté pour mon club et contre sa politique de sécurité décidée par la direction. Mais cette liberté d'expression n'est visiblement pas au goût de ces messieurs décideurs et de la préfecture de Paris.

Quelles sont les conditions de cette IDS ? Pendant combien de temps ?

Je n'ai pas le droit de me rendre aux rencontres masculines et féminines du PSG, tout compétition confondue. Je n'ai pas le droit non plus de participer à quelconque rassemblement de supporters. Enfin, je suis prié de rester loin d'éventuelles diffusions publiques sur écran géant. Ceci pour une durée d'un mois. Fort heureusement, je n'ai pas l'obligation de pointage, qui est souvent combinée avec l'interdiction de stade. Ce « pointage » consiste à se présenter de soi-même au poste de police de sa ville à chaque match du PSG. Ce qui représente un sacré fardeau et amène un lot de complications pour la vie professionnelle et personnelle.

Toutes les personnes présentes ce jour ont-elles écopé de la même décision ?

Non. Si la plupart des mecs ont écopé d'une interdiction de stade, d'autres ont eu la chance de passer entre les mailles du filet. J'ai un ami qui faisait partie du groupe interpellé le 26 avril, mais il est originaire de Nîmes et sur sa carte d'identité est mentionnée une adresse personnelle dans le sud de la France. Je crois que c'est ce qui lui a permis d'échapper à tout ça, car il n'a reçu ni convocation, ni interdiction de stade. On a donc la preuve que les mesures répressives prises ce jour-là ne concernaient qu'une tranche de supporters dans un secteur géographique précis, à savoir la région parisienne.

As-tu tenté de « négocier » ou du moins de te justifier ? De t'expliquer ? As-tu le sentiment de t'adresser à un mur ?

Non, ma seule « défense » a été assurée par mes propres soins lors de ma première convocation, lorsque j'ai décliné les faits tels que je les avais vécus, avec précisions et en axant bien sur l'absurde de cette situation. Mais un procès verbal ne fait pas office de bouclier. Je ne sais même pas si le préfet a pris le temps de lire chaque témoignage individuel, puisque globalement on a tous écopé d'une sanction similaire. Les termes utilisés dans la notification d'interdiction de stade sont d'ailleurs très généraux et font penser à une rédaction type, pour un jugement collectif, et non individuel. Ce qui est proprement scandaleux.

Penses-tu que ce n'est que le début ?

C'est loin d'être un début. La répression ne fait que s'accentuer depuis des années autour des stades. Mais elle dépasse largement les limites en ce qui concerne le PSG. Sur le fond, je reconnais que des problèmes de violences ont nui au club et qu'il fallait sûrement faire quelque chose. Mais la forme employée est abusive. C'est la règle de l'arbitraire et de la sanction aveugle, en piétinant au passage tous les beaux principes de libertés individuelles et collectives. En tant que supporters parisiens, il n'est presque plus possible de se regrouper, de se constituer en association, de se déplacer librement, d'exprimer des revendications populaires, de chanter ce qu'on veut... Sans compter la sélection par l'argent, avec la hausse discontinue des abonnements. Bref, ça devient aseptisé et extrêmement normé, sur fond de tout-sécuritaire qui n'a pas lieu d'être. On ne parle que de #Football !

On parle également beaucoup du « fichier stade », quel est ton sentiment par rapport à cela ?

Ce fichier est une atteinte à la vie privée. C'est un outil supplémentaire de contrôle des libertés individuelles, parfait pour servir à la répression et la stigmatisation des supporters revendicatifs et passionnés. Je suis content que ce fichier ait été suspendu, suite au recours de la Ligue des Droits de l'Homme et d'autres associations. Ça prouve le côté immoral du flicage à outrance sur des populations qui ne représentent aucun risque sur la sécurité nationale. Les ultras ne sont pas des grands bandits ou des terroristes, il faut donc arrêter de les appréhender comme tels. Et ouvrir le dialogue, parce qu'il y a des gens responsables, dotés d'intelligence et capables de proposer des alternatives pour que les choses se passent bien dans et autour des stades. #Paris sport