Les aubes enflammées inondent les orangers et les oliviers. Les oiseaux s'éveillent aussi, unissant leurs dons de choristes pour donner à la scène un sens lyrique. Les aubes du paradis sont ainsi : d'abord les quelques pas d'un cheval à une portée de caresse de la tente, des parfums exacerbés par une légère rosée, et un ciel que j'aurais du mal à peindre tant il est généreux et surréaliste. On en prend plein les poumons, et dés que l'on écarte la moustiquaire, comme on ouvrirait le rideau de scène d'un théâtre, le regard s'illumine et court d'arbre en arbre, s'arrête un instant sur la jument qui somnole, et la plénitude vous envahit, presque violente.

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Ce sont ces moments d'exception que l'on se doit d'apprécier sans compter. Il est indispensable de se dire qu'ils ne font que passer pour s'ajouter au fichier des souvenirs. Et un souvenir, c'est quoi si ce n'est l'idée vague d'un moment volé à l'éternité, un grain de sable extirpé du sablier du temps, ce cruel et mortifère compteur imperturbable qui vient toujours nous rappeler que nous ne sommes que des voyageurs muni d'un aller simple.

 

L'herbe sèche craque sous les sabots de Maïka. Elle a passé la plus grande partie de la nuit à manger. Sa proximité permettait de l'entendre arracher du sol les pousses les plus vertes et soupirer de satisfaction. La tente est vite pliée et la selle australienne ne tarde pas à retrouver le dos de ma monture. J'amène un équipement très réduit afin de ne pas pénaliser Maïka avec un excès de poids.

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Je fais partie de ceux qui pensent que ce type d'#Aventure ne peut être vécue pleinement que si elle se mérite au prix d'efforts et de sacrifices. Cela fait plusieurs semaines que je me douche à l'eau froide. J'ai cessé de fumer mes cigares afin de ne pas déranger ma jument avec les odeurs fortes qu'ils dégagent, et je dors depuis plusieurs mois sur le sol, afin de m'habituer à la rudesse qui m'attend pendant ces 2000 kilomètres de randonnée.

 

J'ai toujours fonctionné ainsi, même lorsque je naviguais à bord de voiliers ou de notre vieux gréement, sur lequel mon premier travail a été de supprimer toutes les assistances mécaniques et remplacer les cordages synthétiques par du chanvre. Pas de pilote automatique, afin de s'impliquer à 100% dans la marche du bateau, et toujours pieds nus à bord, été comme hiver, pour ressentir au mieux les vibrations et les mouvements du voilier. Mais ces aubes magnifiques n'éclipsent pas l'actualité, et mettre la tête dans le sable pour ne pas prêter attention aux atrocités dont l'humanité a le secret, serait se rendre coupable d'indifférence abusive.

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Terrorisme, hooliganisme... le monde ne manque pas d'imagination pour se torturer et s'auto-détruire.

 

Non, finalement je n'ai pas honte de dire que je suis privilégié de regarder tous les jours Maïka évoluer en pleine nature, plutôt que de raser les murs en essayant de ne pas prendre une balle dans le dos. La nature m'appelle : trente kilomètres à parcourir au milieu des oliviers et des orangers, au pas d'un cheval, dans le silence et sans dépenser une goutte de carburant.

  #Animaux #Equitation