Cela contribue à sa thérapie. Pascal Papé, l'un des plus brillants rugbymen de sa génération, ex-capitaine du XV de France, publie son autobiographie alors même qu'il devrait tirer sa révérence au Stade Français en fin d'année. Dans son numéro du samedi 15 octobre 2016, l'Equipe magazine en publie les meilleurs feuilles. Celles consacrées à ses fêlures, à sa dépression, à son enfance difficile, gardées jusqu'à ce jour comme un secret trop lourd à porter.

Une mère "dans une vie de débauche" explique Pascal Papé

Il incarne l'image d'une montagne, d'une force physique hors norme, d'un bagarreur, d'un meneur d'hommes. Sous le maillot tricolore, mais pas seulement.

Publicité
Publicité

Sous ceux de ses différents clubs, il a eu l'image d'un humain à la limite du surhumain. Un "deuxième ligne" veillant, du haut de ses 197 centimètres, sur ses "petits". Un surhomme de 120 kilos que l'on n'imaginerait jamais un mouchoir à la main. Mais voilà, Pascal a compris très tôt que sa "situation n'était pas celle des autres petits garçons". Il ne sait pas qui est son père biologique et sa mère souffre de problèmes psychologiques. "... Elle est dans une vie de débauche, pour pouvoir picoler, se droguer, elle se prostitue...". Placé à la DDASS durant un mois et demi, Pascal Papé est recueilli à sept mois et demi et c'est à ce moment là qu'il date sa naissance. Aujourd'hui il n'en veut pas à sa mère biologique qu'il estime accidentée de la vie. Par contre il en veut au système qui l'oblige à voir cette mère alors qu'il avait "été placé dans une famille formidable...".

Publicité

Il vit ces rendez-vous "comme une torture... Une fois par mois on m'injectait des piqûres de malheur et de tristesse dans le sang". Il en garde encore aujourd'hui les odeurs des quartiers qu'il traversait pour s'y rendre. "Il m'est toujours impossible de remettre les pieds dans ce quartier". Sa nouvelle famille est aimante, le rugbyman avoue être dans le bonheur. Mais il porte encore le nom de sa mère biologique. Une torture de plus. 

Pascal Papé gagne le match le plus personnel de sa vie

Il faudra une blessure dans le tournoi des six nations et une énorme souffrance au dos, en 2013. Le physique vient rouvrir d'autres cicatrices et Pascal tombe en dépression. Il est à deux doigts de tomber dans la violence et a "envie de dormir pour toujours". Il est hospitalisé dans un hôpital psychiatrique. Aujourd'hui, Pascal Papé reconnaît : " dans mon histoire, j'aurais pu m'y perdre. Finalement c'est ce qui m'a fait et que j'ai fini par accepter". Cette histoire, c'est à la fois une histoire compliquée et simple.

Publicité

Comme il en existe tant. L'histoire de blessures pas cicatrisées. L'histoire d'une enfance que vient titiller l'adulte. Sauf que Papé est rugbyman, que c'est bien une force de la nature qui a mis un genou à terre. Ils ne sont pas nombreux à l'avouer. Lui, le fait.  A Givors, où il s'est affiné gamin comme Sylvain Marconnet qui, lui y est né, ses amis les plus proches apprendront beaucoup. Et pourront témoigner de l'amour de sa famille d'accueil installée non loin. Pour eux, il restera "le" Pascal ayant eu un début de match difficile dans la vie mais étant parvenu à se forger ce qu'il est.

Double jeu, Pascal Papé, éditions Michel Lafon, sortie le 20 octobre 2016. #Pascal Papé #Livres #Rugby