Lors de la rencontre opposant Nice à Bastia dimanche, un incident a eu lieu pendant le match. Jean-Louis Leca, gardien de but du SCB, a reçu un projectile sur la tête, en provenance des tribunes. Il faudra un ralenti pour voir qu'il a bel et bien été touché par un objet, certes petit mais qui semble tout de même plus dangereux que les avions en papier qui sévissent au Roazhon Park de Rennes... Le portier Bastiais a cependant pu se relever facilement et l'incident n'a pas été relayé dans les médias, ou très peu. Et c'est justement ce paramètre qui interpelle.

En effet, imaginons que cet épisode ait eu lieu à Furiani, et que la victime soit un adversaire.

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On peut penser que la vidéo aurait certainement fait le tour des écrans et réseaux sociaux beaucoup plus rapidement, avec une légende de circonstance... Souvenons-nous d'ailleurs de la polémique suscitée par "l'agression de Lucas", au mois d'août, où le Brésilien avait été pris pour cible depuis les tribunes. L'affaire avait fait grand bruit et le public Bastiais avait une nouvelle fois été pointé du doigt. Même s'il est vrai que certains supporteurs Corses ne sont pas réputés pour leur sagesse, on peut tout de même affirmer qu'il est moins risqué d'encourager les 19 autres clubs de L1, surtout devant une commission de discipline ou face à un tribunal. Un constat valable aussi pour les joueurs. Dimanche par exemple, le capitaine Yannick Cahuzac a encore été sévèrement averti. Oh bien sûr, le milieu de terrain n'est pas un ange, et il a une part de responsabilité quant à sa réputation, mais il faut bien reconnaître que le brassard et la tunique bleue ne sont pas des atouts face à l'homme en noir.

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Une dimension politique

Et l'histoire de désamour entre Bastia et la ligue ne date pas d'hier. On peut même généraliser le problème entre les instances du #Football français et les clubs Corses. Pourquoi tant de haine (si l'on peut s'exprimer ainsi) ?

Les tensions s'expliquent en partie par la présence de certains nationalistes dans l'organigramme de ces clubs, notamment à Bastia et Ajaccio. Chez le rival de l'ACA, aujourd'hui en L2, c'est un certain Alain Orsoni qui s'occupe du club depuis déjà quelques années (président de 2008 à 2015). Cet ancien militant clandestin, fondateur du FLNC (Front de Libération nationale Corse) à la fin des années 70 et ex-représentant du MPA (Mouvement pour l'autonomie), a d'ailleurs toujours voulu dénoncer ces traitements spécifiques, accusant la LFP "d'ostracisme" et rappelant que les clubs de l'île devaient régulièrement payer "le péché de corsitude".

À Bastia, c'est l'autre frange du mouvement indépendantiste, l'ex FLNC canal historique, qui a été associé au club.

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En effet, la Front a connu une crise majeure au début des années 90 et s'est scindé en deux (canal historique et canal habituel). Cette guerre des clans va engendrer de nombreux règlements de comptes sur l'île, et le SCB sera directement touché et impliqué dans ces sombres histoires, avec l'étrange disparition d'un joueur, Pierre Bianconi, en 1993, et le racket d'un sponsor (nouvelles frontières) . Les rapports entre les dirigeants du club et ceux de la ligue vont donc se dégrader durant cette période, avec en plus les rancoeurs liées à la catastrophe de Furiani en 1992.

Il y aura ensuite de nombreux accros entre les deux parties. L'un des plus célèbres date de 2015, où le président de la LFP de l'époque, Frédéric Thiriez, a "oublié" de venir serrer la main des joueurs Bastais avant la finale de la coupe de la ligue face au PSG.

Cette relation chaotique fait donc du SCB un club à part dans le paysage du football français. Même si certains Corses profitent bien volontiers de ce statut pour se victimiser, notamment concernant l'arbitrage, il faut bien reconnaître que ces derniers ont certainement reçu (et reçoivent encore) une attention particulière de la part de la LFP, dans le sens négatif du terme. Les injustices dénoncées par les Corses ne relèvent pas toutes de la fiction... #Ligue 1