Serré, c'est certainement l'un des qualificatif les plus juste que l'on puisse attribuer à cette centième édition du Giro d'Italia, l'une des course cycliste les plus importante de la saison (avec les deux autres Tours de trois semaines : le Tour de France et la Vuelta). Diffusé pour la première fois en clair en France (sur La Chaîne l'Equipe), cette édition du tour d'Italie a tenu une bonne part de ses promesses avec un parcours extrêmement exigeant parcourant, réellement, une bonne part du territoire transalpin, y compris la Sardaigne - dont les tifosi étaient privés de leur favori, le sarde Fabio Aru - et la Sicile (voir carte du parcours).

Publicité
Publicité

Preuve de la difficulté de cette édition, trois étapes de repos étaient accordées aux 195 courageux présents au départ d'Alghero en Sardaigne.

Parmi ces coureurs, 2 grands favoris : l'italien Vincenzo #Nibali, vainqueur sortant, déjà vainqueur en 2013 et le colombien Nairo #Quintana vainqueur lui en 2014. Ces deux hommes étaient d'ailleurs les seuls engagés à avoir déjà remporté l'épreuve, marquée par la mort accidentelle le 22 avril de l'italien Michele Scarponi, vainqueur en 2011 et dont le décès brutal a marqué et marque encore le monde du vélo comme on a pu le constater tout au long de ce Giro au cours duquel les hommages du public furent nombreux (voir illustration).

A côté de ces deux favoris, était attendu côté français Thibaut Pinot, troisième et meilleur jeune de l'édition 2014 du Tour de France, remportée par Nibali.

Publicité

Quelles conclusions après trois semaines de course ?

Après trois semaines d'efforts intenses pour eux, de spectacle pour nous, ce que l'on peut dire c'est que les bookmakers ne s'étaient pas vraiment trompés. En effet on retrouve aux quatre premières positions, et dans un mouchoir de poche, les deux favoris Quintana et Nibali et notre français Thibaut Pinot.

Seulement, aucun de ces trois hommes n'a remporté l'épreuve puisque c'est le hollandais Tom #Dumoulin, 26 ans et cité au mieux parmi les outsiders, qui s'est imposé. Et pour cause : Tom Dumoulin n'avait jusqu'ici jamais même figuré sur un podium de grand Tour. Figurant parmi les meilleurs rouleurs au monde, le hollandais était considéré comme trop limité en haute montagne. C'est du moins ce que l'on avait pu constater en 2015 sur les routes de la Vuelta où cette fois-ci Dumoulin n'était réellement pas attendu et où il avait porté le maillot de leader pendant 6 jours, à la surprise générale, avant de le perdre deux jours avant l'arrivée, s'écroulant face aux meilleurs montagnards et finissant à la sixième place à Madrid.

Publicité

En 2015 Dumoulin était reparti de la péninsule ibérique avec un prix de la combativité pour lot de consolation, mais surtout avec un nouveau statut, celui de potentiel vainqueur de grand tour si et seulement si il s'améliorait en haute montagne.

Toujours plus fort dans l'épreuve solitaire du contre-la-montre, atout essentiel pour gagner un tour de trois semaines avec pour la seule année 2016 trois contre-la-montre de grand tour, le championnat néerlandais de la spécialité et une médaille d'argent olympique ; Dumoulin n'a pourtant pas été retenu parmi les favoris de ce Giro où figuraient deux chronos : le premier long de 40km lors de la 10ème étape et le dernier de 29km pour couronné le vainqueur à Milan. En effet, avec une dernière semaine de folie uniquement consacrée à la haute montagne (à l'exception du dernier jour donc), on voyait mal comment Dumoulin pourrait résister aux Quintana, Nibali et autres Pinot.

Seulement, dès la première explication entre favoris, sur les pentes du Blokhaus, Dumoulin terminait à la troisième place, distancé uniquement par Quintana et reprenant même 40 secondes au vainqueur sortant Nibali. Ainsi au soir de la 10ème étape, alors qu'il reléguait tous ses rivaux à plus de 2 minutes au minimum sur le chrono, Dumoulin s'inscrivait parmi les potentiels vainqueurs, sans pour autant que l'on oublie qu'il pourrait avoir des limites dans la dernière semaine de course où les enchaînements de cols sont moins favorables aux rouleurs qui grimpent comme le hollandais.

Quand, au soir de la 16ème étape, après avoir été victime d'ennuis gastriques, Dumoulin concédait 2'28'' à Nibali, on sentait la fin s'approcher pour l'infortuné, et le scénario de la Vuelta 2015 se répéter.

Celui-ci se confirmait même quand le 26, à jamais les premiers, Quintana reprenait le maglia rosa de leader.

Pourquoi Dumoulin s'est-il imposé ?

Ainsi en guise de conclusion une question s'impose : pourquoi Dumoulin ne s'est-il pas effondré comme en 2015 alors qu'il perd son maillot au même moment ?

Pour commencer, contrairement à la Vuelta à laquelle nous nous référons, nous l'avons dit ce Giro s'achevait pas un chrono de 29 km, entièrement plat, c'est à dire un terrain largement favorable au hollandais roulant.

Ensuite, afin de placer ce dernier hors de portée, les favoris, se devaient de le distancer largement dans la montagne. En effet Dumoulin reprenant 2'30" à la plupart des favoris sur le premier chrono et, on le prévoyait, environ 1'30" sur le second, ces derniers se devaient de le faire craquer. Or, et même s'ils ont montré une certaine supériorité dans leur propre domaine par rapport au vainqueur, cette supériorité n'était pas équivalente à celle de Dumoulin dans son propre domaine par rapport aux montagnards, à savoir l'exercice chronométrique.

En effet, après sa performance au Blockhaus (9ème étape) et sa démonstration à Oropa (14ème étape), où il s'est imposé devant les montagnards au haut d'une montée après plusieurs attaques de ceux-ci, un avantage psychologique a été pris par Dumoulin qui jamais ne perdit assez de temps en montagne pour être vraiment inquiété car même s'il perd son maillot au soir de la 19ème étape, chacun avait conscience que la trentaine de secondes d'avance prise alors par Quintana risquait de ne pas suffire.

Dernier élément de réponse, la difficulté du parcours.

Centième édition d'une des courses les plus emblématique du cyclisme mondial, cette course se devait d'être royale, spectaculaire, autrement dit dans le monde du vélo, extrêmement difficile. Les 13 étapes de montagne, la dernière semaine dantesque eurent peut-être raison, paradoxalement des principaux grimpeurs. La répétition spectaculaire des cols laissant espérer chaque jour une craquante de Dumoulin mais la difficulté des étapes empêchant les favoris de placer des attaques foudroyantes, ceux-ci se sont contentés de monter à leur rythme, un rythme supérieur certes à celui de Dumoulin mais pas suffisant pour creuser un écart conséquent.

Cependant si ce parcours eut, peut-être, raison des principaux leaders, il n'eut pas raison du suspense puisque jusqu'au bout le doute était permis : le porteur du maillot rose sur la dernière étape ne fut en effet pas le vainqueur au soir de l'étape, ce qui n'est pas banal. De plus, et surtout, l'écart infime entre les potentiels vainqueurs (ils étaient quatre si l'on compte Thibaut Pinot, avant le départ de la dernière étape) est ce que l'on retient de ce premier grand tour de la saison, débutée en Australie. 31" séparent le vainqueur de son dauphin, 9ème plus petit écart de l'histoire du Giro. Surtout, samedi soir encore (le 27, veille de l'arrivée), Dumoulin alors quatrième était à moins d'une minute de Quintana premier.

Ces écarts infimes, qui ne sont pas courants dans le cyclisme nous ont offert un spectacle tout à fait agréable, aucun coureur n'écrasant la course. Il était particulièrement touchant de voir, sur les pentes des hautes cimes alpines nous offrant de merveilleux paysages, ces grands leaders essayant de se décrocher entre-eux, donnant tout, et ne pouvant simplement creuser que quelques centaines de mètres entre-eux.

Ainsi on peut peut-être espérer que ce resserrement de niveau entre les meilleurs cyclistes du monde augure un suspense similaire en juillet pour la Grande Boucle, qui nous offre toujours de belles surprises.

Ce Giro extrêmement exigeant a couronné un rouleur, un rouleur qui grimpe, tout comme Ryder Hesjedal en 2012 où là aussi les écarts étaient infimes.

Dumoulin, Quintana, Nibali, trois hommes en moins d'une minute à l'issue de 3 600km de course, ce Giro d'Italia centième du nom était définitivement serré.