"Bons à rien", c'est l'histoire de petits personnages inexorablement soumis à l'échec en raison de leur trop grande timidité et de leur peur maladive à s'affirmer. Ces êtres timorés que Gianni Di Gregorio convoque et incarne à merveille nous ressemblent et nous renvoient sur l'écran, à l'instar d'un miroir, les reflets de nos propres travers.

Car c'est dans le quotidien de tout un chacun que le réalisateur perçoit les petits aléas et débours de ceux qui se font marcher sur les pieds dans une société du "chacun pour soi". Le personnage principal interprété par Gianni Di Gregorio, à la veille de sa retraite, est muté en banlieue, au nom d'une nouvelle circulaire administrative.

On entre alors avec lui au pays de l'absurde, dans un univers décalé où une directrice souveraine règne sur ses employés incapables de fournir le moindre travail et dont on se pose d'ailleurs la question de la finalité de ce dernier.... Un seul salarié paraît apte au travail, c'est lui qui fait tourner la boîte tout en étant lui-même tourné en bourrique...

Les gags s'enchaînent comme au théâtre et nous font sourire car ils ont quelque chose à voir avec les blagues et les pitreries de notre enfance!  Quand Gianni Di Gregorio colle un chewing gum sur la sonnette de sa voisine grincheuse afin que la sonnerie ne s'arrête plus, on rit de bon coeur. De même, lorsqu'il essaie de faire sortir une mouche de son bureau en montant sur une chaise devant sa fenêtre ouverte et que l'un de ses collègues le surprend et interprète son geste comme une tentative de suicide, on devient volontier le complice d'un gag comme si nous l'avions nous-mêmes fomenté.

Car le génie de Gianni Di Gregorio, c'est de nous faire rire avec des petits riens mais qui, comme il l'explique lors de sa venue à Strasbourg, ont à voir avec l'histoire de la comédie de Molière à Goldoni, en passant par Tati ou la Commedia dell' Arte dont il est imprégné de part sa formation.

Cette délicieuse comédie à savourer sans modération nous offre dans le même temps une satire de notre société, car si le réalisateur nous présente une image de l'Italie, il nous dit explicitement  que lorsqu'il entreprend un film, il pense avant tout "au spectateur européen"!  #Cinéma #Strasbourg culture