Dariush Mehrjui est considéré comme le maître vivant du cinéma iranien contemporain. Né en 1939, le réalisateur est parti étudier le cinéma en Californie où il s'est également tourné vers la philosophie. Ses films tels "La vache" ou "Hamoon" lui confèrent aujourd'hui une notoriété internationale.

Dès 1992, Dariush Mehrjui s'investit dans les problématiques de la condition féminine propres à son pays. "Leila" interprétée avec subtilité et finesse par Leila Hatami en est un témoignage bouleversant.

Mariée à Reza, magnifiquement joué par Ali Mosafa,  la jeune femme semble à priori s'épanouir dans un milieu social qui nous renvoie l'image d'une modernité étonnante. Mais bientôt la stérilité avérée de Leila va faire basculer ce bonheur idyllique dans un cauchemar qui conduira le couple au désespoir.

La mère de Reza va oppresser le jeune couple afin que son fils prenne une seconde épouse...Le poids de la tradition finit par étouffer l'amour qui paraissait unir les jeunes gens jusque dans l'épreuve. On pressent l'histoire d'un amour impossible lorsque Leila et Reza découvrent "Le Docteur Jivago" sur leur écran et leur séparation prémonitoire paraît dès lors inéluctable..

On assiste dans tout le film à un défilé de femmes voilées, tout de noir vêtues, porteuses d'une tradition séculaire qui les enferme dans leurs contradictions. Le jeune couple ne résistera pas à la pression sociétale et le spectateur impuissant assistera au désastre humain annoncé. 

Dariush Mehrjui nous livre avec "Leila" un film étonnant, merveilleusement bien tourné qui, entre fable et réalité, nous fait entrer de plain-pied dans une société iranienne que l'on méconnaît. Les codes astreignants auxquels le cinéaste doit adhérer, tels le port du voile même à l'intérieur des habitations car la projection cinématographique appartient à l'espace publique, illustrent bien la difficulté de pouvoir s'exprimer en toute liberté sur un sujet encore tabou en Iran.

Nul doute que Dariush Mehrjui aura contribué à nous éclairer sur la condition des femmes dans son pays lors de cette Quatrième Quinzaine culturelle iranienne à Strasbourg riche en manifestations diverses: expositions, conférences, films, lectures poétiques... #Strasbourg culture