Alors que la loi Leonetti est actuellement discutée les 16 et 17 juin par les sénateurs, le film "Fin de partie" réalisé par Sharon Maymon et Tal Granit aborde sans détour et sans fausse pudeur ce sujet sensible qui nous touche tous.

Cette loi qui proscrit "la prolongation artificielle de la vie" par le corps médical trouve ici un écho juste et pathétique qui interroge nos consciences et nous force à ouvrir les yeux sur une mort que notre société semble occulter. Elle est loin la philosophie de Montaigne qui consistait à "apprivoiser sa mort" en y accordant une pensée chaque jour de sa vie...

C'est dans une maison de retraite située à Jérusalem que cinq personnes vont finir par répondre à la demande désespérée de la femme de Max qui ne supporte plus de voir souffrir son époux en fin de vie. Pitch est invité par ses amis à fabriquer "une machine pour mourir en paix" que le mourant conscient pourra actionner lui-même pour obtenir sa délivrance.

Cette problématique nous est proposée sur le ton de l'humour car comme l'écrivait Chris Marker, Boris Vian ou Victor Hugo "L'humour est la politesse du désespoir ". Et l'un des réalisateurs d'affirmer lors du débat qui a suivi la projection à Strasbourg que "l'humour permet de faire passer bien des messages".

Ces messages nous concernent tous, nous avons tous ou aurons tous un proche en fin de vie, atteint peut-être par la maladie d'Alzheimer ou par un cancer incurable...Nous-mêmes seront peut-être dans la demande d'une mort sans douleur...

"Fin de partie" nous décrit avec justesse des situations totalement vraisemblables sur les rapports de la douleur et de la mort, analysées avec beaucoup d'humanité et qui nous font nous interroger sur l'euthanasie, son cadre, ses limites...Un thème difficile à aborder de façon totalement objective dans la société israélienne marquée par la religion.

Les acteurs, tous extraordinaires, tels Zeev Revach, Levana Finkelstein ou Ilan Dar nous tendent le miroir d'une réalité que nous nous efforçons d'enfouir dans notre inconscient, à savoir celle de notre mort annoncée, des angoisses et des douleurs physiques et psychiques susceptibles de l'accompagner. Ce film où l'humour et l'amitié sont de mises font passer, sans nul doute, l'amertume de la pilule!  #Strasbourg culture