Twitter VS Ebola : Un combat déséquilibré ?

L’usage de Twitter pour informer la population de l’évolution du virus suscite un vif engouement. Néanmoins, une analyse de la diffusion des messages sur le réseau social montre une réalité plus complexe.

Twitter peut il aider à contrer le virus ?

L’un des articles du site de la BBC intitulé « Can Social Media help prevent the spread of Ebola ? » et publié le 29 juillet sur les pages blogs met en avant l’utilisation du hashtag #FactsOnEbola pour freiner l’avancée du virus.

Ce dernier accuse un taux de mortalité compris entre 25% et 90% en fonction des conditions de soin inégales entre les Etats. Les pays d’Afrique concernés étant victimes pour une part importante d’un niveau de pauvreté jouant en faveur de la diffusion du virus. L’Indice de Développement Humain de la Sierra Léone étant à titre d’exemple l’un des plus faibles du monde avec 0.359 en 2013 selon l’ONU (contre 0.884 en France).

Les modes de transmission s’effectuent principalement par le biais de contacts physiques notamment via les liquides organiques tels que la salive ou le sperme. L’une des recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) énoncées à Accra le 3 juillet 2013 consiste en l’amélioration de la communication et la transmission d’information, à la fois entre les professionnels mais aussi auprès du grand public.

Twitter rencontre un franc succès dans de nombreux pays d’Afrique certains comptes comme celui de @wizkidayo ayant plus de 1 million de followers. Dans ce cadre le réseau social peut il servir d’outil de transmission de l’information ?

Twitter, une diffusion segmentée géographiquement et peu de contrôle

Si l’engouement pour Twitter peut subir en amont un vif enthousiasme, la réalité de la diffusion de l’information est néanmoins à nuancer.

Ainsi, la diffusion des précautions à prendre et des nouvelles sur le sujet tend principalement à se concentrer auprès d’influenceurs institutionnalisés disposant d’une large audience et de thématiques de rédaction élargies. C’est notamment le cas pour la BBC @BBCtrending qui représente un « nœud » d’information essentiel, hiérarchisé et structuré (Fig.1) mais surtout occidental de plus de 24 000 abonnés.

A contrario, les réseaux d’influenceurs africains sont moins institutionnalisés, il ne s’agit pas de médias locaux établis disposant d’un support papier, avec des connexions plus maillées et éparses. On distinguera notamment le blogueur nigérian Japhet Omojuwa qui sur son compte @omojuwa compte plus de 150 000 abonnés.

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Figure 1 Représentation graphique (GEPHI) des communautés d'information #FactsOnEbola

La présence de nombreux connecteurs rendent l’information diffuses ce qui tend multiplier les sources. L’absence d’une source unifiée d’information consacrée aux recommandations pou l’éradication du virus Ebola apparaît ainsi comme une limite à l’utilisation de Twitter comme outil de communication sanitaire. En effet, si certains influenceurs disposent d’une audience très large tel que @omojuwa, leur ligne éditoriale demeure plus large avec dans ce cas précis un vif engagement pour l’évolution sociétale au Nigéria. Le suivi en temps réel de l’évolution de l’épidémie nécessite donc de consulter des sources éparses non vérifiées et redondantes autour d’une sémantique spécifiée tel que #Ebola.

Unifier les sources d’information sur un compte unique ?

Les pays concernés accusent de faibles infrastructures filaires en termes de télécommunications. Compensant ce manque par l’utilisation des fréquences hertziennes et ayant pour impact un taux de pénétration du téléphone mobile élevé, le nombre total d’abonnés sur le continent pouvant atteindre potentiellement 1 milliard d’abonnés en 2015 selon le site Inaglobal.

Les enjeux de diffusion sont donc de taille et d’un double ordre. Dans un premier temps il s’agit de pouvoir émettre des informations locales vers un plus grand nombre, certains parleront de « crowdsourcing » afin de pouvoir suivre les tendances et évolutions de l’épidémie. Ce projet a par exemple déjà été mis en place à travers des algorithmes de data-mining et à grande échelle de Big Data notamment dans le cadre du « Google Flu ».

Dans un deuxième temps il s’agit de pouvoir informer la population locale des mesures à prendre et de pouvoir toucher un public élargi par des effets de bouche à oreille. Or la principale question demeure la vérification de l’information et la modération des différents messages émis. D’où l’intérêt de passer par des médias institutionnels permettant de confirmer et d’informer en temps réel les informations émises.

#Smartphone