L'exploration de l'espace est-elle sur le point d'entrer dans une nouvelle ère ? Peut-être, car des astronomes pourraient avoir décelé des traces de la mystérieuse matière noire.

Depuis des décennies, les astrophysiciens et autres chercheurs élaborent leurs théories autour de cette matière invisible et imperceptible, sensée composer la quasi totalité de l'univers.
La logique veut qu'elle existe, mais dans les sciences l'absence de preuve est inadmissible.


C'est en épluchant les données recueillies par l'observatoire spatial XMM-Newton ; envoyé dans l'espace en 1999 par l'Agence Spatiale Européenne ; que les scientifiques ont détecté un pic inhabituel d'émission de rayons X provenant de deux objets célestes : la galaxie d'Andromède et l'amas de Persée.


Ce signal ne pouvant être attribué à aucune particule ou atome répertorié, cela a amené les spécialistes à se demander s'il n'avait pas été produit par de la matière noire.


Le co-auteur de l'étude, Oleg Ruchavsky de l'École Polytechnique Fédérale de Lausanne déclare à propos de l'origine du signal : « Sa répartition à travers la galaxie est en totale adéquation avec les estimations que nous nous faisions au sujet la matière noire. Concentrée et puissante en son noyau et plus faible et diffuse à ses extrémités. »


Alexey Boyarsky de l'Université de Leyde (Pays-Bas), auteur principal de l'étude ajoute : « Dans l'optique de confirmer nos découvertes, nous nous sommes mis à étudier les données émises depuis la Voie Lactée, notre galaxie. L'accord est aussi bon. »


La matière noire a été baptisée ainsi car elle a la particularité de ni émettre ni recevoir de lumière, ce qui la rend totalement inobservable. Les astronomes savent pourtant que cette matière existe, de par son interaction avec la matière que nous pouvons percevoir.


Elle composerait jusqu'à 80% de l'univers si l'on se base sur les mouvements des étoiles et les dynamiques des galaxies, créés par sa force gravitationnelle.


Les chercheurs se sont échinés maintes et maintes fois à déchiffrer la composition de la matière noire, proposant divers responsables à ce Graal de la physique, des particules massives interagissant faiblement aux axions en passant à présent par les neutrinos stériles (cousins potentiels des neutrinos).


En effet, la désintégration de neutrinos stériles provoquerait la production de rayons X, c'est pourquoi l'équipe de chercheurs soupçonne ces particules d'être à l'origine des signaux reçus par XMM-Newton.


Si tel est le cas, alors les deux chercheurs pourraient bien ouvrir les portes vers un nouvel âge de l'astronomie qui pourrait « permettre la construction de nouveaux téléscopes spécialement conçus pour l'observation de la matière noire » anticipe Boyarsky avant de poursuivre « Nous saurons où observer (...) nous pourrons enfin déterminer comment l'univers s'est formé. »


Le verdict sera publié dans la revue Physical Review Letters la semaine prochaine.