#Google n'est décidément plus le Goliath contre qui personne n'osait se dresser. Après qu'un premier procès en France ait été gagné contre la firme américaine, c'est Bruxelles qui dégaine à présent les armes. La Commission Européenne accuse Google d'abus de position dominante. C'est la commissaire en charge de la Concurrence, Margrethe Vestager, qui a déposé ce mercredi le dossier, après cinq années d'études approfondies. « Je crains que l'entreprise n'ait injustement avantagé son propre service de comparaison de prix, en violation des règles de l'UE en matière d'ententes et d'abus de position dominante », a déclaré la commissaire. Etant donné qu'environ 90% des recherches se font sur Google en Europe, l'entreprise américaine aurait ainsi éclipsé volontairement les résultats de ses concurrents pour se mettre en avant : « Les utilisateurs ne voient pas nécessairement les résultats les plus pertinents en réponse à leurs requêtes ». Ainsi, Google mettrait en avant ses propres produits, comme le comparateur de prix Kelkoo ou Expedia, site de voyage, au détriment des autres entreprises qui n'appartiennent pas au géant américain.

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Les faits sont graves : s'ils sont prouvés, Google risque ainsi une amende de 6 milliards de dollars. Une somme d'autant plus coquette lorsque l'on sait que la firme possède 60 milliards en liquidité, ce qui voudrait dire qu'elle devrait perdre un dixième de sa fortune au bénéfice de l'Europe. Un scénario jamais vu !

Android sur la sellette

Avant de voir le monument de la Silicon Valley défait par Bruxelles, il faudra néanmoins éplucher le dossier de fond en comble. Et cela ne s'annonce pas si facile que ça : outre le problème des comparateurs de prix qui lui est reproché, Google fait également l'objet d'autres accusations. Le moteur de recherche est ainsi soupçonné de scraping, c'est-à-dire de copier le contenu internet de ses concurrents. Il imposerait également des clauses d'exclusivité à ses annonceurs, privant donc les autres moteurs de recherche de ressources nécessaires.

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Autre douloureuse accusation : Google aurait freiné le développement des systèmes d'exploitation pour imposer Androïd, qui est désormais présent sur 80% des smartphones vendus dans le monde. Google a-t-il obligé les fabricants à recourir à Androïd, sans avoir d'autres choix ? C'est également là-dessus que se penchera la Commission Européenne. « Si l'enquête devait confirmer nos craintes, Google devrait en assumer les conséquences juridiques et modifier la façon dont elle conduit ses activités en Europe », a-t-elle indiqué, lui laissant dix semaines pour répondre et contrer ces allégations.

Google réagit 

Du côté de la Silicon Valley, l'annonce de cette accusation est tombée comme un coup de massue. Les dirigeants du groupe ont tout d'abord fait circuler en interne une lettre, invitant les employés à ne pas s'inquiéter. « Préparez-vous à de dures critiques (…) Mais vous pouvez nous aider de deux manières. D'abord, en ne commentant pas ces problèmes légaux, ni en interne, ni en externe. Et ensuite, en vous concentrant sur ce que vous faites de mieux : créer des produits géniaux utiles à nos utilisateurs et clients », ont conclu les patrons après une longue plaidoirie mettant en avant les innovations de Google et son succès à travers le monde.

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C'est à travers leur blog que ces dirigeants ont finalement tenu à réagir directement aux accusations portées par la Commission Européenne. « Si Google est peut-être bien le moteur de recherche le plus utilisé, les internautes peuvent maintenant trouver et accéder aux informations de nombreuses manières différentes - et les allégations passées de préjudice, que ce soient pour les consommateurs et les concurrents, se sont révélées être loin de la vérité », a expliqué Amit Singhal, vice-président de Google. Les dix semaines à venir s'annoncent orageuses pour l'entreprise de la Silicon Valley...