Mardi 24 mars. L’orage gronde, une pluie torrentielle s’abatsur Tunis. La météo semble être en colère, comme les Tunisiens venus en nombrepour la marche d’ouverture du Forum Social Mondial à Tunis. Un seul mot d’ordrepour la marche : « Ensemble contre le Terrorisme ». Suite à l’attaqueperpétrée du musée Bardo, le comité d’organisation du FSM avait changé l’itinérairede la marche d’ouverture de ce mardi 24 mars.

Elle a commencé place Bab Saadounpour finir au musée Bardo.

Ce 24 mars, la Ministre tunisienne de la Culture, Latifa Lakhdar, a tenu àrouvrir les portes du musée Bardo en hommage aux victimes du 18 mars. Uneouverture symbolique puisque le musée était uniquement ouvert aux personnesinvitées par le ministère de la culture et aux médias. Le public, lui, devraattendre le lendemain pour pouvoir à nouveau admirer les œuvres qui ornent lemusée.

En terminant la marche d’ouverture au Bardo, le FSM voulaitdonner un signal fort au monde entier. Les Tunisiens se soulèvent contre la vaguede terrorisme qui sévit dans la région et en Europe. « On en a marre deces terroristes ! Ce n’est pas ça la Tunisie ! Les Tunisiens sont desgens pacifiques », s’exclame une femme dans le cortège.

Entre espoir etdésarroi

Le terrorisme, la radicalisation et le départ des jeunespour l’Etat islamique sont parmi les thèmes qui seront discutés durant le FSM.La situation économique et sociale du pays entraine une partie de la jeunesseet certain chômeur à rejoindre les rangs des mouvements extrémistes.

D’ancienspoliciers exclus et renvoyés après la révolution de 2011 ont rejoint la marchedu FSM. L’un d’eux témoigne : « Nous avons été jetés comme desmalpropres. Et aujourd’hui, nous n’avons plus rien pour vivre ! L’Etatislamique nous contacte pour nous engager et former les jeunes recrues. C’estnormal, nous avons les compétences en question d’armement. Mais je préfèremourir que de travailler pour l’EI. Ilfaut que le gouvernement nous aide. Ce n’est plus possible. »

Plus loin dans la foule et à l’entrée du Bardo, on yrencontre des Tunisiens remplis d’espoir pour leur pays.

Un homme venu avec sesenfants explique : « Il faut y croire ! Il faut que la Tunisie s’ensorte dans son projet de démocratisation pour montrer aux autres pays que c’estpossible. On peut sortir d’une révolution sans tomber dans l’extrémismereligieux ».

Le Forum Social Mondial,un levier de conscientisation

Le Forum Social Mondial, c’est 4 jours de débats, dediscussions et d’échanges. Du 24 au 28 mars, 4336 organisations venues de 150 pays seréuniront autour du FSM.

Du côté français, les syndicats (CGT, Solidaires,CFDT), le CRID, ATTAC France ont répondu présent. Au total, 238 organisationsfrançaises ont débarqué sur le sol tunisien. La Belgique aussi a sa délégation.Comme son voisin, les syndicats belges (FGTB et CSC) ont répondu à l’appel. Entout, le plat pays est représenté par 53 organisations dont le CNCD 11.11.11 ouencore Le Centre d’Action Laïc.

Un véritable rassemblement mondial dont l’objectif estsimple : reconstruire le monde dans un esprit d’économie et de justicesociale.

Ici, on échange et on débat sur des solutions économiques à apportercontre le modèle capitaliste néolibéral. « L’impact direct sur lespolitiques économiques est quasi nul. Par contre, l’impact indirect et sur duplus long terme est énorme» nuance Abderrahman Hedhili, coordinateur général duFSM. « Le Forum social mondial comme d’autres mouvements sociaux crée une dynamiquesociale et un rapport de force face au pouvoir », rajoute-t-il.

Malgré l’attaque du Bardo, la tenue de l’événement était indispensablepour ses organisateurs. Abderrahman Hedhili est très clair sur ce point : « Pasquestion d’annuler ! Au contraire. C’est une manière de montrer notresolidarité envers les autres pays et notre volonté à ne pas nous laisserenvahir par la peur. De plus, toutes les organisations ont répondu positivementà l’appel. Il n’y avait pas de raison de l’annuler. Notre présence et notre union,c’est notre force ».

Un événement quitombe à pic dans la capitale tunisienne

Dans un contexte de transition démocratique, l’attaque duBardo n’a fait que renforcer la volonté des tunisiens à se battre pour leurdignité et leurs libertés. C’est la deuxième fois que Tunis accueille le FSM.La première fois, c’était en 2013. Et au vu des derniers événements qui ontfrappé le pays, la tenue du Forum Social Mondial prend aujourd’hui plus quejamais un sens. Celui « de la liberté, de la dignité et de la justicesociale pour construire un monde meilleur ». 

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