Dansle mensuel Jeune Afrique du 19 au 25 juillet 2015, l’hebdomadaire internationalpose une question centrale : « Nos Chefs d’Etat sont-ils trop vieux ? ».Je ne reviens pas sur l’enquête fouillée de l’hebdomadaire qui pose plus dequestions qu’il n’apporte de réponses sur l’âge des Chefs d’Etat africains, surleur capacité à diriger, sur l’alternance du pouvoir politique et sur leurlongévité au pouvoir. Chaque lecteur y trouvera des éléments de débats et deréponses. Pour ma part, je souhaite, au nom de l’innovation démocratique  et de la capacité des Etats africains àpenser leurs institutions et leurs hommes politiques, placer le débat sous l’anglede l’anthropologie politique, avant de lui donner une finalité de sciencepolitique à consigner dans les constitutions futures en Afrique où la questionde l’âge sera réglée par le nombre de mandats.

Le critère de l’âge n’est pasdirimant dans la gestion des affaires en Afrique

L’Afriqueintéresse le monde sur le plan économique, mais aussi sur le plan politique caron y trouve un certain nombre de Présidents âgés comme en Guinée équatoriale(Obiang Nguema Mbasogo), en Angola (Dos Santos), au Cameroun (Paul Biya), au Congo-Brazzaville(Denis Sassou Nguesso), en Ouganda (Musevini) ou au Zimbawbe (Mugabe). La plupartde ces dirigeants ont dépassé lasoixantaine. Ils sont âgés de plus de 70 ans.

Les Constitutions de ces pays,établies en fonction de circonstances particulières liées à des guerres civiles,ont favorisé la mise en place des contraintes en termes de mandat ou d’âge. Or,assez paradoxalement, partout en Afrique, au nom de la stabilité politique etsécuritaire, on voit émerger ici ou là une demande de la part des populationsen direction de leurs dirigeants politiques pour que ceux-ci continuent lesactions entreprises depuis fort longtemps, avec, bien sûr, des possibilités derestructuration et de changement de stratégie pour celles-ci.

Au Rwanda une partie de l’oppositionet de la société civile demande à Paul Kagame de se représenter à l’électionprésidentielle.

AuRwanda et en Afrique c’est une nouveauté, la plupart des partis politiques etla société civile demandent au Président Paul Kagame la possibilité de modifierla Constitution pour que celui-ci se représente à l’élection présidentielle. L’Occidentne trouve rien à redire et assiste médusé à une innovation majeure de laplupart des populations africaines, longtemps considérées comme apathiques et assujettispar l’esclavage et aujourd’hui par leurs élites politiques.

Dans legouvernement de transition au Burkina Faso, le Conseil des sages mis en placepar le Président Kafando permet d’éviter les errements aux différents impétrantsde la transition, comme le Premier Ministre burkinabé Isaac Zida.

Deplus, les Africains doivent se remémorer que l’âge s’accompagne de la sagesse.C’est parce que la plupart des Chefs d’Etat africains âgés n’ont pas su tenircompte de cette maxime, qu’ils apparaissent aujourd’hui comme errants, vilipendéspar l’Occident alors que leur sagesse devrait être un atout en matière d’équilibreet de recentrage des actions politiques. Sans avoir l’âge de 70 ans, PaulKagame (57 ans) montre l’exemple de ce qui est possible pour son pays qui a étédévasté par une guerre civile Hutus/Tutsis (1993/1994), soit 900 000 morts.

Les Chefs d’Etat africains âgés ontperdu leur sagesse qu’ils doivent retrouver.

LesChefs d’Etat sont certes âgés, mais ils ont, en revanche, perdu en route lefond de leur sagesse. Dans les Grands Lacs, Paul Kagame a 57 ans, Joseph Kabila44 ans et Nkurunziza n’a que 51 ans et pourtant ces deux derniers sontcontestés par une partie de leur population, de la classe politique et de lacommunauté internationale. L’âge des Présidents est un faux-débat. La seuleréalité est leur capacité à organiser les retombées positives dans les domaineséconomiques et sociaux pour leur population. Il faut donc supprimer cettenotion d’âge dans les Constitutions futures et retenir le critère du nombre demandats comme seul critère de légalité et d’éligibilité pour la gouvernancedémocratique.

L’Afriqueest au milieu du gué en matière d’innovation. Des pays réussissent à respecterle nombre de mandats présidentiels, comme en Tanzanie, au Ghana, au Sénégal etdemain peut-être au Bénin. Dans d’autres pays, des référendums en faveur de l’évolutiondes institutions sont à l’ordre du jour. Le critère de l’âge doit êtreabandonné au profit du seul critère réel : le nombre de mandats. 

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