Si on n'y prend garde, on pourrait passer sans le voir. Le siège de la banque Rothschild & Cie se situe rue de Messine. Dans une anse de cette petite artère tranquille du 8e arrondissement située à quelques mètres du parc Monceau et pas très de loin l’Élysée. Rothschild... soit, mais aucune plaque pour le signaler. On s’attend à entrer dans des bureaux feutrés, avec velours rouge, tableaux des ancêtres au mur.

On s’attend à trouver de l’opulence, le charme plus ou moins discret de ceux qui ont du bien, qui sont esthètes et amis des arts depuis des décennies, des siècles. On attend le style Rothschild, quoi... et on arrive dans un hall moderne tout en longueur. Froid. Dépouillé. En fait, le fameux style Rothschild est plutôt cultivé dans la maison d’en face. Manière de tracer une ligne invisible entre les cousins ennemis.

David de Rothschild

David de Rothschild occupe dans Paris une place à part. Le fils aîné de Guy et Marie-Hélène est respecté non seulement pour la manière dont il a su, après la nationalisation de la banque, en 1981, recréer une banque devenue une référence, mais aussi pour l’espèce de magistère moral qu’il exerce sur des générations de financiers. L’homme, délicieux, exquis, ne court pas les dîners mondains ou les galas de bienfaisance.

Il ne donne pas non plus, comme le faisait son père, de grands bals. Les temps ont changé. Il s’exprime d’une voix douce, avec un accent un peu snob. Courtois, affable, il invite aussi à déjeuner dans son salon la crème de la crème du CAC 40 mais aussi des hommes politiques, des intellectuels. Un vrai gentleman, lui que certains présentent comme le grand Satan, l’incarnation de ce monde de la finance que François Hollande avait un jour assuré vouloir terrasser.

Technique et sens du commerce

Rothschild, c'est d'abord une banque d’affaires. Dans ce métier, il y a une nécessité d’un socle technique très important mais aussi l’exigence d’être obsédé par le commerce. La culture de la banque ? Il ne s’agit pas de prendre des poses de petit marquis, de s’afficher Rothschild en « jouant les dindons ». David de Rothschild prévient ceux qui veulent travailler au sein de son entreprise : « Si vous voulez un job de pouvoir et pas de serviteur, vous vous trompez de maison (…) Si vous ne savourez pas l’influence du consigliere capable de garder les secrets, qui a accès à la pensée de beaucoup de gens dans nombre de sphères, si vous ne comprenez pas que c’est beaucoup plus voluptueux que d’être à la tête de grands établissements, alors ne venez pas ! »

Au coeur du pouvoir

Rothschild demeure une banque particulière qui a toujours mêlé politique et affaires.

Elle est la dernière banque familiale dont le nom, plus qu’une marque, relève de la légende. Un objet de beaucoup de fantasmes aussi. Car, comme sa concurrente la banque Lazard, c’est un lieu d’influences. Soit qu’elle fournisse ses plus hauts fonctionnaires à la République, soit qu’elle les accueille une fois leur mission terminée ou après un revers électoral. Des relations étroites, démontrées avec l’avènement à Matignon puis l’élection à la présidence de la République de Georges Pompidou : un poulain qui, après avoir été directeur général de la banque entre 1954 et 1958 puis entre 1959 et 1962, demeure à ce jour l'un des titres de gloire de la maison puisqu’il est devenu chef de l’État.

Une pépinière de talents

La nomination d’Emmanuel Macron comme secrétaire général adjoint de l’Élysée, puis ministre de l’Économie, ensuite en course pour la présidentielle de 2017, ne déplaît évidemment pas à la « maison ». Elle prouve, en tout cas, que la tradition se perpétue. Les années passent, les présidents changent, mais le pouvoir de la prestigieuse banque d’affaires demeure. Comme le résume un associé gérant, « il est normal que la meilleure maison de banque de Paris attire les meilleurs » et qu’elle fournisse à l’État ses plus brillants éléments.

On connaît la suite. Emmanuel Macron, lorsqu’il arrive à l’Élysée, occupe l’ancien bureau de François Pérol (ex-directeur de cabinet de Sarkozy à Bercy qui avait rejoint Rothschild en 2004 avant de partir à l’Élysée en 2007) – perpétue donc la tradition. Et si, en 2012, Nicolas Sarkozy avait été réélu, tout porte à penser qu’il aurait enrôlé Sébastien Proto, autre brillant inspecteur des finances passé par les cabinets d’Éric Woerth et Valérie Pécresse, et ancien, lui aussi, de la fameuse promotion Sédar Senghor de l’ENA.

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