Quelleest la place des langues régionales dans notre société à l’heure où lamondialisation impose la connaissance de plusieurs langues étrangères et où lebeau français est plus que jamais mis à l’honneur ? Qui peut encore sevanter de pouvoir parler le picard, le breton, le basque, l’occitan ou encorele wallon ? Les dialectes se perdent, un constat que pose aujourd'hui le linguistebelge Michel Francard, qui est l'auteur de nombreux ouvrages sur le sujet, dont le cultissime "Dictionnaire des belgicismes" à destination des amoureux des spécificités wallonnes de la langue de Molière.

BlastingNews : quelle importance ont aujourd’hui les langues régionales ?

MichelFrancard : Il ne faut pas les oublier parce qu’elles représentent notrepatrimoine et ont façonné notre vision du monde. On les a pourtant vuesdisparaître au profit du français depuis une cinquantaine d’années.Aujourd’hui, elles sont en grand danger car il n’y a plus de transmissionintergénérationnelle. Les parents n’apprennent plus à leurs enfants leur dialecte,les grands-parents non plus, à quelques exceptions près !

C’estextrêmement grave. Elles n’ont plus beaucoup de chances de survie.

Pourtant,elles restent des îlots de convivialité. Un exemple qui me touche, c’est unmédecin qui fait l’effort d’utiliser quelques expressions du dialecte à unpatient âgé, ou des maisons de repos qui mettent en avant la langue régionale…Celle-ci est aussi incrustée dans la vie de tous les jours dans desexpressions, comme la tarte al Djote !

Lesjeunes utilisent-ils encore ces langues régionales ?

Ils lesutilisent, mais ne connaissent plus le sens premier des mots. Je prendsl’exemple de l’expression « sketter » : « ça skette »,« j’ai sketté des bières, « je suis sketté »… On ne sait pasforcément que ce verbe est à l’origine un mot picard, qui s’est étendulorsqu’une publicité l’avait utilisé comme slogan. Et c’est désormais un motcourant !

C’est une forme de survie pour ces dialectes, que de passer dansle français.

Quefaudrait-il faire pour sauver ces dialectes ?

Il n’y aqu’une solution : l’enseignement. Si une langue n’est plus véhiculée, elledoit l’être de nouveau en passant par l’apprentissage. On n’est pas loin desméthodes pour apprendre une deuxième langue. Mais il faut tout d’abord voir siles gens sont décidés à (ré)apprendre ces langues régionales, et si lespolitiques sont prêts à s’investir en ce sens. Et ce n’est qu’alorsque l’enseignement devient une possibilité ! Quant à la pratique, rien n’estencore certain : serait-ce mieux de les apprendre à l’école ou dans uncadre plutôt extra-scolaire ?

Lalangue française peut-elle cohabiter avec les langues régionales ?

Oui,tout comme le français cohabite avec l’anglais ! Il ne faut pas croire qu’ellesont toutes disparues non plus. Le français a coexisté et coexiste toujours avecles dialectes, le rapport de force a simplement basculé après la Seconde GuerreMondiale.

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