En ce 24 janvier 2015, lavie recule une fois de plus face à la mort, le vitalisme abdique face aumortifère. Vincent Lambert, désormais célèbre cas médical malgré lui, plongédans un état neurovégétatif depuis sept longues années, n'obtiendra pas ce quela dignité semble ordonner : une mort médicalement assistée. Les médecinschargés de statuer sur son cas et de prendre une décision définitivetemporisent en faisantappel, sans doute un peu gelés par l'ampleur médiatique qu'a pris cequ'on appelle maintenant "l'affaire Vincent Lambert", alimentée parles manifestations des catholiques indignés. Repoussant une décision quis'avère inévitable et qu'ils savent, eux plus que d'autres, juste et légitime,les carabins n'assument pas la responsabilité qu'impose leur statut. 

Pourtant,fort de l'appui non-négligeable de l'accord du principal intéressé, de sacompagne et de la législation, toutes les conditions étaient réunies pour clorel'affaire dans la dignité et mettre fin à l’obscénité et la vulgarité de lasituation perpétrée par les parents zélés du patient, farouches contempteurs dudroit à mourir dignement, simple modalité logique du droit de vivre dignement.Mais hélas, l'euthanasie reste encore un sujet sensible en 2015 malgré la mortde Dieu annoncé par le génial philosophe allemand, dans une société encoreprofondément ancrée dans la morale thanatophilique et martyrologiquejudéo-chrétienne dans laquelle il est très difficile de mourir dignement maisaussi de vivre dignement.

Cette dernière, obéissant à l'autorité d'un Dieusadique s'assurant de la bonne servitude de ses fidèles par leur capacitésouffrir pour lui, ne conçoit pas que l'Homme puisse s'émanciper de la tutelledivine et s'ériger souverain de son être, toute vie devant se soumettre corpset âme à l'Eternel, seul juge en mesure de décider qui peut vivre ou mourir.Toute vie enlevée de la main faucheuse de Dieu perdrait aussitôt toutes ceschances d'accéder au paradis. Ainsi chaque être-humain embrasser sessouffrances, quoiqu'il arrive justifiées, puisque tout Homme est pêcheur depuisla faute originelle.

Voilàdonc ce qui motive le comportement des parents de Vincent Lambert : agirconformément au préceptes arbitraires de Dieu pour éviter l'ire divine ets'assurer une place paradisiaque, autrement dit la vanité.

Fi de la volonté deleur fils, leur priorité est de se donner bonne conscience. Dans la pure lignéede la morale monothéiste sécularisé par Kant et son impératif catégorique,l'intention compte plus que les conséquences. Leur fils perd toute dignitéhumaine, mais ils auront respecter leurs codes moraux, il ne se seront pas salitles mains, se justifiant en criant haut et fort qu'on ne tue pas un êtrehumain, et que ce mot d'ordre est inconditionnel.

On peutalors se demander si Mr et Mme Lambert aiment vraiment leur fils. Quand on aimeréellement quelqu'un, n'est-on pas censé respecter sa volonté plutôt que de seprémunir d'un sentiment de culpabilité ? Parce qu'ici il est évident que cen'est la justice qui est en jeu met la culpabilité, comme trop souventlorsqu'on aborde les questions morales.

Le conséquentialisme serait alors derigueur, seul garant de justice, puisque ayant le souci du réel.

Lemortifère n'est donc pas toujours su côté que l'on croit. Mettre un terme auxsouffrances d'un Homme qui en a fait la demande préalablement s'inscritdavantage dans une philosophie biophilique que thanatophilique. Car quand lavie ne peut plus se construire dignement, la mort peut devenir un salut etrestaurer la dignité perdue. En outre, ce n'est pas tant la dignité du pauvreVincent Lambert qui est mise à mal ici, lui qui ne peut agir, mais celle de sesparents qui ne font pas honneur à la condition humaine et toute la force et lagrandeur d'esprit qu'elle appelle, en instrumentalisant leur fils pour en faireun martyre de la cause chrétienne et ainsi faisant l'éloge du morbide, de lasouffrance, du malingre, de la faiblesse, de la mort, appelant l'humain àmourir de son vivant.

Espéronsnéanmoins que la justice et la dignité triompheront et que l'euthanasie deVincent Lambert prendra acte pour mettre fin à son état pathologique irrémédiable.En ce qui concerne ses parents, l'euthanasie serait peut-être aussi justifiéepour remédier à leur bêtise incurable, maladie, qui, si l'on se fie auxconséquences est certainement celle qui fait le plus de dégâts...

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