Ahmed Ben Amor a soufflé ses20bougies, éteignant une lueur qu´il a su, au fil des années, raviverpar son activisme sans égal.Il a contribué à la consolidation d´une association qui défend ses droits mais avant tout ceux de nous tous, jeunes tunisiens.Ila défendu sans relâche un Droit auquel nous avons tous Droit : le Droit d´exister et de vivre dans la dignité.Disparité et Humanité vont de pair."Shams" au sens propre comme au figuré signifie Soleil.En tant que vice-président de l´Association Shamsde défense des droits des homosexuels, il illuminait la fatalitédes captifs de la société tunisienne.

Une société dénuéed'humanité

Connaitre Ahmed via un article qui abordait sa première tentative de suicide est poignant.Essayerde répondre à des commentaires ignobles, de le défendre et de défendre sa cause est sanguinolent.Abandonner par lâcheté et apprendre la deuxième macabre nouvelle est angoissant.Et pourtant...Ahmed estune personneadmirable et les gentes masculines ou féminines qui sont incapables de le concevoir ontun alter-ego quiles empêche desupporter qu´un si jeune homme ait une dévotion bien plus profondeà sa patrie.

En Tunisie, on est musulman quand cela nous arrange.En Tunisie, on apprend une prose et l´on se croit virtuose.En Tunisie, on souffre plus de niaiserie que d´islamophobie ou de xénophobie."Shams", brilleras-tu un jour sur notre Tunisie?Question volatile, espoir gai.

S'investir corps et âme pour défendre une cause, à quel prix?

Ahmed est à cet instant confronté à deux sujets tabous de notre société: l´homosexualité et le suicide.Il n´y a aucune corrélation entre ces deux faits et pourtant le militant doit survivreà un parallélismedévastateur.Ahmed n´a pas choisi de tenter de mettre fin à ses jours.

Les mécanismes de défense du cerveau humain sont bien plus complexes.Mais il a vécu des mois durant sous des menaces de mort, sous des crachats de venins qu´il serait incorrect dereprendre.

Il convient alors de préciser quele suicide n´est pasun acte lâche ou égoïste, mais un recours ultime face à un désespoir insurmontable.S´en suit undeuxièmeacte de détresse.Sorti du coma, comment Ahmed a réagi face à des articles qui expliquaient son comportementen son nom ?Des articles où Ahmed n´est plus Ahmed mais une liste d´étiquettes, sans plus.

La gorge nouée par les tubes qui le maintenaient en vie,commentcrier en lisant les propos amers de genssans pitié?

On prie pour Ahmed et on crie pour lui

Le changement de nos mœurs ne va pas se faire du jour au lendemain.Mais le "entre temps", incertain, fait si mal.La cruauté issue de l'ignorance ne mérite pas notresouffrance.Mais la souffrance humaine n´est pas un pantin à qui on peut immobiliser les membres.Trouver sa place dans cet univers qui se nourrit du malheur des autres n´est pas chose facile.Mais personne n'a le droit d´arracher la certitude de ce fait à quiconque.Tant demais sont effroyableset Ahmed a payé le prix fort.

À cet instant, il flotte entre l'au-delà et ce bas monde, alors qu´ildevrait êtreaux yeux de tousun exemple de bravoure.Sa bataille contre notre mentalité, qu´elle soit sous forme de poésie ou de cris, il ne devrait plus la mener seul.Faut-il être homosexuel pour défendre les droits de ceux qui le sont ? En aucun cas.Faut-il être humain pour défendre les libertés fondamentales ? Oui.Nous avons besoin de fervents militants pour une Tunisie meilleure, une Tunisie qui répond à tous les critèresd´une efficiente Démocratie.Pendant qu'Ahmed se remet de ses états d´âm,e il devrait avoir la certitude suivante : son dure labeur ne prendra jamais fin.

On devrait tous lutter pour que la loi qui abolit l'homophobie en Tunisie soit approuvée, loi sans laquellel´essence même de la vie serait abolie.

Sans libertés assuréesen Tunisie, il n´y aura jamais de Démocratie.Et siAhmed n´est pas le seul à être hospitalisé dans les mêmes conditions, c´est à se poser des milliards de questions sur notre pays.

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