"Beaucoup vont tomber.... Le sang des caïds va couler" explique un grand nom du milieu marseillais, joint par téléphone et qui souhaite conserver l'anonymat. Sécurité oblige ! "Notre famille a identifié tous ceux qui nous ont fait du mal" ajoute ce vétéran par ailleurs cité dans le dernier livre du journaliste Frédéric Ploquin "génération kalachnikov". Longtemps, les truands et le milieu lyonnais ont préféré la Suisse. Du "tourisme criminel" disaient les flics Helvétiques, chargés d'assurer la sécurité des ateliers d'or, des bijouteries de luxe, des clients fortunés.

Casino de Bâle, bijouteries de la vallée de la Joux constituaient, il y a 15 ans encore, les cibles privilégiées des caïds lyonnais. "90 % des voitures de grosse cylindrée volées à Genève étaient retrouvées abandonnés dans la banlieue lyonnaise" explique un commissaire divisionnaire, joint par téléphone, et qui souhaite conserver l'anonymat. D'ailleurs plusieurs films d'Olivier Marchal se sont inspirés de cette époque d'or des lyonnais, avec un succès évident dans le grand public.

Et puis la réalité des derniers mois a, semble-t-il, rattrapé la fiction du cinéma. Au rythme de deux fusillades hebdomadaires dans les rues de Marseille, les parrains marseillais, lyonnais, grenoblois sont devenus fous avec l'argent de la drogue.

Lyon pourrait devenir "Chicago-sur-Rhône"

Alors que Grenoble est en passe d'être la capitale de la prostitution, plusieurs caïds lyonnais semblent avoir jeté leur dévolu sur les quartiers Nord de Marseille.

Une situation impensable voici vingt ans, lorsque Jacky Imbert, dit "le mat" pour ses adversaires, "le miraculé" pour ses amis, tenait la cité phocéenne d'une poigne de fer, après que tous ses ennemis aient été liquidés. Par qui ? On se le demande encore puisque Jacky Imbert, honorable industriel dans la construction de bateaux, a un casier judiciaire vierge de toute condamnation. Il y a encore quelques mois, au sein de la répression du banditisme, les flics les plus aguerris n'imaginaient pas une guerre de rue avec notamment des meurtres en série à Marseille avec des kalachnikov. L'ancien as de la police, le commissaire Gilbert Moréas, aujourd'hui à la retraite impute cette situation "au trafic de drogue et aux bénéfices colossaux que le grand banditisme peut dégager avec cette activité".

"Avant d'autres grandes villes, le milieu lyonnais a su nouer des liens commerciaux très forts avec les barons de la drogue du Maroc, sur les contreforts du Rif" ajoute un commissaire divisionnaire des stups.

"Là, des paysans produisent plus de 2000 tonnes de drogue, générant plus de deux milliards d'euros de bénéfice dans les familles mafieuses des grandes villes de France" ajoute notre interlocuteur. A Lyon, Grenoble ou Marseille, les parrains traditionnels ont vu leurs zones de ventes se rétrécir dans certaines parties de la France. Elles ont été obligées de composer avec des familles nouvelles redoutées, et de nouvelles figures emblématiques du milieu, comme Hambli le Mulhousien, Saïd le Nantais, ou encore Nono le Barge.

Ces derniers pourraient profiter d'une guerre ouverte entre parrains lyonnais et marseillais. A moins que "les rangés des voitures" ne fassent appel à Jacky Imbert comme médiateur. Par le passé, le célèbre marseillais a déjà joué "les juges de paix" du milieu, car l'immortel monsieur Imbert déteste la violence. C'est bien connu à Marseille, cité où il joue aux cartes (sur le vieux port, dos à la vitre, le privilège des grands), et à Cassis, ville où il réside.

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