JO Dessins de presse, 30 bougies, revendique sa créativité bouillonnante, une qualité essentielle pour trouver les dessins de presse qui feront mouche. Et tous les moments sont bons pour coucher sur le papier ses idées : "J’ai toujours eu des idées de détournements et de caricatures donc c’était naturel pour moi d’en venir au dessin de presse", déclare-t-il.

Enseignant et dessinateur de presse

"À tout moment, du matin au soir je peux avoir une idée qui surgit. Mes idées viennent d’un coup. Je griffonne, dans l’impulsion, quand c’est encore frais ", se confie Johan Danielis. Toujours "plusieurs dessins sur le feu", il peut en publier "un à trois par jour".

Bien que prolifique, il est difficile de gagner sa vie en tant que dessinateur, alors pour vivre il est professeur depuis 5 ans. Cette créativité il s’en sert aussi en salle de classe, en éveillant la curiosité, le sens de l’improvisation et le goût pour le dessin de ses élèves. Enseignant dans la seule école d’un village, petite école de campagne en manque de moyens, il doit faire classe tambour battant aux élèves du CP au CM2, un vaste programme qui ne l’empêche pas de griffonner entre deux cours. Homme de défi, il est même devenu directeur de cette école par intérim jusqu’au mois de juillet. Il se dit patient, curieux à l’égard des élèves, bien loin du cliché du professeur autoritaire.

'Le dessin c’est super pour faire passer des idées'

Cinq ans, c’est aussi le nombre d’années de pratique du dessin de presse, un outil-exutoire pour transmettre son indignation : "Dès le début, j’ai cette envie tenace de transmettre mon indignation et d'informer à travers mes dessins. Tous les dessinateurs ne se servent pas du dessin de cette manière et ne vont pas sur ce terrain-là.

Les dessins de presse peuvent être autant médiatisés qu’un article ou bien qu’un journal télévisé". Très tôt il admire des dessinateurs de presse célèbres comme le regretté Cabu de Charlie Hebdo ou encore Marc Large et Thibaut Soulcié dont il dit s’inspirer énormément pour la simplicité de ses dessins.

Son goût pour la caricature l’a toujours animé : "Le dessin c’est super pour faire passer des idées"

Pour lui, un bon dessin de presse doit être cinglant et les répliques satiriques et percutantes. L’humour noir sert à dénoncer et permet de mieux digérer l’actualité : "Le dessin fait prendre une forme de recul sur l’actualité". Autodidacte, il n’a pas de formation en dessin et privilégie les coups de crayon rapides : il dessine au crayon puis colorise au feutre. Maintenant, il utilise davantage Photoshop : "J’investis actuellement les montages photographiques en plus des caricatures". Jo dessin de presse est un adepte des dessins à la main. Dans ses dessins, le crayonné est central tout autant que la partie écrite du dessin (légende et bulles) : "J’aime vraiment avoir le sens de la formule.

J’adore les jeux de mots et les slogans qui détonnent. Par exemple pour mon dessin publié sur le Black Friday, j’ai eu l’idée du slogan 'Tout doit disparaître'. Les thèmes abordés sont variés : politique (libéralisme, extrême droite...) ou encore écologie (réchauffement climatique...)."

Informer, vulgariser et dénoncer

Johan Danielis affirme que le dessin de presse est un formidable support pour vulgariser "Quand on a du mal à trouver les mots pour s’exprimer, le dessin permet de comprendre certaines choses, de se retrouver à travers une idée et même de fédérer des colères. En deux mots et trois coups de crayons, on peut expliquer simplement un fait d’actualité. L’excès qu’on retrouve dans la caricature exprime une réalité parfois crue".

Dans la tradition des dessins de presse, Johan Danielis a pour cible favorite le gouvernement : "Souvent j’essaie de ridiculiser le gouvernement. Pour moi, c’est un gouvernement de communication et c’est très facile de dénoncer ça dans un dessin. Mes dessins sur la retraite et les gilets jaunes sont dans cette optique".

Comme bon nombre de dessinateurs de presse, Johan choque et ne vacille pas face à des commentaires parfois haineux d’internautes échaudés : "Il y a des dessins qui unissent beaucoup de gens : c’est souvent en lien avec la politique ultralibérale ou le mépris des services publics. A contrario, tout ce qui concerne les violences policières, ça clive énormément".

Sa principale source d’inspiration en bon dessinateur de presse ?

L’actualité bien sûr : "Elle me nourrit. Je capte les interviews les plus marquantes. Je me renseigne grâce aux vidéos YouTube mais aussi en regardant les principales chaines d’infos télévisés et en lisant des médias alternatifs type Médiapart". Il a dû faire preuve de persévérance : "Au début, ce n’était pas gagné. J’avais beaucoup moins de retombées mais maintenant j’arrive à des scores étonnants. J’ai des dessins qui sont partagés plus de 12 000 fois". La crise de la COVID a été pour lui une période productive: "Depuis le confinement, j’ai progressé et j’avais l’impression d’avoir beaucoup plus d’imagination. La raison principale est que j’ai eu plus de temps pour me consacrer au dessin".

Cet événement très médiatisé a même été un point d’orgue pour de nombreux dessinateurs de presse: "Autant les dessinateurs se sont divisés sur les gilets jaunes, autant on s’est rejoint sur de nombreux aspects concernant la COVID". Le plus dur pour Johan est justement de tirer son épingle du jeu dans un milieu foisonnant où les dessinateurs de presse ont souvent la même idée.

'Trouver un juste milieu entre rire et révolte'

Il veille à ne pas tomber dans un pessimisme immobilisant : "Je ne veux pas que mes dessins soient trop pessimistes. il faut trouver un juste milieu entre rire et révolte. Il ne faut surtout pas que le dessin assomme". Récemment, il a lancé une page Ulule permettant de récolter des fonds pour financer ses projets de dessins de presse.

Son imagination l’a encore poussé hors des sentiers battus du dessin de presse quand il a décidé, depuis mai, de mettre au point une page « Jolio Editions » promouvant des couvertures de livres satiriques détournant des clichés littéraires et des faits d’actualité.

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