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L’Afrique est riche de ses cultures [VIDEO] et de ses #textiles. Ils racontent une grande partie de l’histoire de ce continent aux multiples facettes. Les premières étoffes qui sont apparues sur une large partie du continent noir étaient d’écorce battue. Ce n’est qu’au début du XIème siècle que l’on observe l’émergence des tissages. Ils seront, jusqu’au XIXème siècle l’apanage des rois et des dignitaires africains, signe d’appartenance sociale et de richesse. Ils sont de véritables langages visuels et racontent l’histoire d’une famille royale, d’une ethnie, d’un peuple, d’une région ou d’un pays. Ils s’appellent Ndop, Rabal, Korhogo, Bogolan, Raphia, Velours de Kasaï, Ntshak, Kente, ou Kita. La simple évocation de leur nom émoustille l’imaginaire des connaisseurs d’étoffes nobles.

Une wax mania qui s‘est emparée de la planète mode

Or, ces dernières années, lorsque l’on évoque les textiles africains, les modeuses et autres fashionistas ont tendance à parler de textiles de cotons imprimés qui n’ont d’africain que le nom. Tissus industriels européens (inspirés notamment par le batik), ils ont commencé à s’imposer en #Afrique, en lieu et place des tissus locaux, au XIXème siècle. Il en existe différentes qualités : le fancy, le java, le wax et le super wax. Aujourd'hui, ils s'invitent à tous les événements parisiens dits « ethniques ». Ce sont les imprimés wax (textile de coton traité avec de la cire sur les deux faces) qui ont le vent en poupe. Wax par ci, wax par là. Une véritable wax mania s’est emparée de l’univers de la #Mode tout entier, touchant des stars internationales comme Beyoncé, Rihanna, ou encore Solonge Knowles.

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Ces pagnes imprimés, d’origine européenne, pour la plupart, (la Chine aussi produit des cotons imprimés dit africains) font oublier les véritables textiles qui font la fierté du continent. Car il existe bien des textiles traditionnels africains qui sont des étoffes nobles qui gagneraient à être davantage connues. Quel est leur nom et comment sont-ils fabriqués ? Nous vous proposons un petit tour d’horizon de cinq des tissus africains qui font la fierté du continent.

Le Bogolan : tradition textile du Mali, versatile et tendance

Le bogolan est l’une des techniques de teinture les plus connues au monde. Tissé par les hommes, teint par les femmes, le bogolan est un tissu de coton bambara, principale ethnie du Mali. « Bogo » signifie « boue » en bamanan, et « lan » se traduit par « fait avec ». Ses teintes se déclinent entre le jaune clair, le beige et le noir, en passant par différents tons de marron. Aujourd’hui le commun des mortels porte du bogolan. Mais, aux temps des rois du Mali, seuls les membres de la famille royale en portaient.

On raconte que le roi changeait de couleur de bogolan en fonction des jours de la semaine. Il suffisait donc de l’observer sortir de sa demeure, le matin, pour savoir quel jour on était. Aujourd’hui, les artisans et designers du monde utilisent ce tissage dans de superbes créations allant du simple sac à main en passant par les ceintures, ou les chaussures. La décoration intérieure a su aussi mettre en valeur le côté versatile et tendance du bogolan. Des fauteuils, des tabourets, des coussins ou autres objets trônent fièrement dans les plus beaux appartements. Le bogolan est certainement le tissage africain qui a su le mieux d’adapter aux envies, aux goûts et aux besoins de la modernité.

Le Ndop royal du Cameroun

Tissu du nord-ouest du Cameroun, le ndop est à la fois teint en bleu indigo et tissé. Il comporte une écriture mystique chargée de symboles qui la rend reconnaissable . Son processus de fabrication est complexe : le coton est cultivé au nord où il est filé par les hommes et les femmes. Le fil est ensuite tissé par des hommes, venant généralement des montagnes. Ils en font des bandes d’étoffe d'environ cinq centimètres. Ensuite elles sont cousues bord à bord pour créer des pièces de deux mètres de long. Transportées par la route vers le sud, dans le pays bamiléké, ces pièces subissent un traitement en deux étapes. Les femmes teignent le tissu en bleu indigo, puis cousent une réserve avec du fil de raphia sur de la cendre. Dans un deuxième temps, elles laissent le coton sécher au soleil afin d'obtenir une nuance de bleu. Ce processus, plutôt complexe est réservé à un tissu noble, qui appartient à la souveraineté. Le ndop est encore le privilège d'une élite: son usage est surtout réservé aux cérémonies rituelles et funéraires.

Le Korhogo de Côte d’Ivoire

Il s’agit de toiles murales -de coton brut- peintes en noir-brun par les Sénoufos qui vivent dans la ville de Korhogo, au nord de la Côte d’Ivoire. Ils appellent ces toiles peintes dans leur langue « filafanis ». C’est l’un des tissus africains les mieux connus en matière de décoration. Simples et belles, les toiles de Korhogo sont facilement reconnaissables par les dessins d’animaux, de soleil, de chasseurs, ou autres êtres humains qu’ils représentent. On les accroche généralement aux murs. Certaines toiles spéciales peuvent être peintes non pas pour la décoration intérieure mais à l’occasion de rites traditionnels.

Le Kente prestige Ashanti et Ewé aux couleurs chatoyantes

Si les premiers Kentes étaient tissés en blanc et noir, avec des fils de coton, ils sont aujourd’hui multicolores : bleus, jaunes, rouges et verts. L’étoffe se caractérise par de petits dessins géométriques qui la rendent reconnaissable. Ses losanges, carrés, triangles, et méandres caractéristiques correspondent chacun à un adage. De sorte qu’il suffit de combiner différents dessins pour à la fois obtenir un style de décoration variée mais aussi une signification différente. Les kente les plus anciens portent un nom propre (celui d'un souverain, d'un objet, d'un arbre, ou d'une plante). Cette étoffe, qui était à l’origine fabriquée exclusivement pour la famille royale ashanti du Ghana, est certainement l’un des plus beaux tissus africains qui soit. Son cousin, le Kita, est quant à lui fabriqué par le groupe Akan de Côte d’Ivoire.

Le Rabal : trésor de la culture Mandjack

Tissage traditionnel des Manjacks du Sénégal et de Guinée-Bissau, le rabal est initialement fait à la main en coton. Ses motifs sont le plus souvent inspirés du baobab, du fromager, des jumeaux ou des poupées de fécondité. Etoffe précieuse aux couleurs chatoyantes, il s’offre à des occasions très précises (mariage, naissance). Pour les besoins du prêt-à-porter, afin qu’il soit plus souple et maniable, il est souvent mélangé au raphia naturel ou de viscose et à la soie. Les tisseurs mandjacks, véritables orfèvres, se transmettent cet art ancestral de générations en générations. Le rabal est très apprécié par les créateurs de mode du continent pour sa noblesse, sa qualité d’exécution et sa robustesse. Il est utilisé en petite touche pour souligner des détails d’un vêtement, mais aussi en total look. Il s’apparente au superbe tissage burkinabè « Faso Dan Fani » également très prisé par les créateurs africains.